Tradition des tarots de Marseille

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#1 19-12-09 17:53:36

Daimonax
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Chronique pompéienne

J'étais venu m'installer à Pompéi pour mieux étudier cette cité antique, m'imprégner de son atmosphère. Je ne m'attendais pas à être autant plongé dans l'Antiquité ici, la mentalité régionale étant elle aussi... antique.

Les dieux ont changé, mais les pratiques sont restées les mêmes, et on est bien loin d'une spiritualité religieuse abstraite, faite de méditation, de philosophie, de "spiritualité". On est dans la "foi de charbonnier", d'abord dans une "orthopraxis", on se signe partout dans la ville dès qu'on entend la cloche du sanctuaire pontifical de la Madone au rosaire de Pompéi, une madone "locale" et, au premier regard, récente. Mais en fait c'est la réminiscence de la "Vénus de Pompéi", "Vénus fisica", elle même la synthèse entre une déesse samnite, "Méfitis fisica", la "médiatrice" entre le ciel et la terre (c'est aussi une définition de la Madone de Pompéi actuelle), la garante de la "fidélité" ("fisica" en osque est l'équivalent de "fides" en latin), et les Vénus romaines felix (Sylla), puis vitrix (Pompée) et genitrix (César, Auguste, les Julii de la dynastie julio-claudienne), teintée d'isiasme aussi.

http://www.bacchos.org/VFrAbon1.jpg
Vénus fisica ou "pompéienne"

Ce sanctuaire aujourd'hui pontifivcal a été édifié à la toute fin du XIXe s., sur l'initiative d'un curieux personnage, mystique et charismatique, Bartoloné Longo, mort en 1923, que le gens d'ici considèrent comme le "fondateur" de la ville "moderne", béatifié par Jean-Paul II. Ce personnage s'est d'abord adonné au spiritisme, à l'occultisme - au satanisme disent certains -, aurait fréquenté la maçonnerie locale (très importante et puissante à Naples et sa région), avant de se repentir et devenir moine et le mystique de la Vierge. La première motivation était de faire stopper les fouilles qui exhumaient tant d'objets de péché, "obscènes" comme des phallus votifs ou des fresques érotiques, et accessoirement prier pour les âmes qui seraient troublées par ces images inspirées du démon, comme un rempart, une contre-offensive "chrétienne" face à un retour du paganisme diabolique sortant de terre, avec ses fantômes...   Il fit don au sanctuaire d'une "image miraculeuse" de la Vierge de Pompéi.

On est en pleine idolâtrie païenne avec lui, et dans les pratiques du coin, ce sont d'abord des "images" qu'on adore, on parle aux statues, on leur confie ses problèmes, on les décore, on leur fait des offrandes régulières, des fleurs, des rosaires en ex-voto, on leur confie aussi pour les plus "puristes" les photos des défunts de la famille, éclairées jour et nuit. Ce qui est en réalité la permanence des rites romains de religion familiale, où au laraire domestique, en compagnie des Lares et de quelques statuettes en bronze de divinités privilégiées (triade capitoline, Isis-Fortune, Vénus, Bacchus, Mercure...), on confiait aussi les images des ancêtres, des défunts.

Dans presqu'un jardin sur trois (de ce qu'on peut voir dans la rue, c'est sans doute plus) on trouve au moins une statue en plâtre de la Madone ou de Padre Pio, parfois ensemble, ou plusieurs, bien des carrefours en sont pourvus aussi. Pas un commerce n'échappe à la présence d'une image pieuse ou plusieurs, dans les gares, à la poste, partout... des images pieuses. La toute petite pizzéria campagnarde à côté de chez moi est éloquente et typique: j'y ai compté pas moins de deux padre Pio en bronze, un sur chaque mur latéral, bénissant les lieux, deux images de la madone de Pompéi - céleste, nocturne, lunaire - au-dessus de la caisse, un crucifix au-dessus de la porte, et un Christ au sacré cœur dans le fond, et comme on approche de Noël, une petite crèche en plastique aussi. Chaque mur au moins avait son image pieuse. Détail amusant, un panneau "vietato de fumar", certes, mais tout le monde (six personnes alors, dont les deux tenanciers) avaient la clope allumée dedans, cendriers pleins sur les deux tables, et une télé allumée qui captivait l'attention de tous... avec du foot, évidemment (la grande pizza campagnarde [en longueur, pas ronde comme en ville] à 4 euros). Aussi efficace, donc, qu'une image pieuse... Et puis merde, c'est pas dans une ville construite sur des cendres qu'on interdira de fumer!

Plus modéré au petit café d'à côté, je n'y ai compté qu'une madone de Pompéi à la caisse et un seul padre Pio en plastique, sur le comptoir, mais avec un chapelet lui servant d'écharpe. Là aussi, "vietato de fumare" accroché... mais ça clope dur aux deux machines à sous, et le patron à sa caisse s'en grille une régulièrement également. La gare centrale de Pompéi respecte ces règles "locales", derrière le guichet deux images pieuses et un crucifix, un "vietato de fumare" légal, mais le guichetier se fume clope sur clope, et c'est la cigarette au bec qu'il m'a rendu la monnaie la dernière fois. Idem à la station de la Circumvesuviana (sorte de RER local), et dans la gare de Naples, et à la poste aussi - bien que les images pieuses y soient plus discrètes, mais toujours présentes. J'ai vu la même chose à Castellammare di Stabia et à Herculanum.

La ville de Pompéi est en émoi, en ébullition actuellement. D'abord on y a fermé la semaine dernière trois maisons closes de luxe et arrêté une dizaine de prostituées. A cinq cents mètres du célèbre lupunar de Pompéi, mais surtout à 500 mètres aussi du sanctuaire de la Vierge au rosaire! Bordels fréquentés par des touristes, certes, mais aussi par des... pèlerins venus pour cette "image miraculeuse" de la Madone pompéienne. Là, on ne pardonne plus pour ces diaboliques tentatrices. Les hôteliers ont publié une lettre ouverte pour affirmer que, eux, étaient "propres", étaient attachés à la "spiritualité" (sic) de cette cité mariale et que non, "Pompéi n'est pas une ville du plaisir (sic) et de l'anarchie", et dénonçant au passage - et même surtout - les nombreux bed and breakfasts qui leur font concurrence. Et on a arrêté en une semaine deux petits dealers, un de cocaïne qui opérait en pleine rue du centre, un autre avec 150g de shit chez lui, présenté comme un véritable coffe-shop dans la presse locale. Mais ça fume des pétards un peu partout par ici, et ouvertement, jeunes comme vieux, à Naples, Herculanum et même Pompéi, pas un jour sans passer près d'un groupe se tirant un méga-tarpé (tarpé diem!), et même dans certains cafés rock à Naples, où ça "roule" dur.

Des commerçants mécontents que la mairie de Pompéi ne mette pas assez de moyens dans l'illumination de Noël de la ville ont placardé sur les murs d'ici une affiche avec les noms des six plus gros salaires de la mairie et leurs montants (6500 en moyenne)... en signalant que de l'argent il y en a pour les "amis". Un sacré populisme basique! Aujourd'hui, match de foot local dans une opération baptisée "un coup de pied à la camorra". Beaucoup de magasins ici sont sous vidéosurveillance et il faut sonner à la porte avant de pouvoir rentrer... car refusant de payer le "pizzo" à la camorra, aussi omniprésente que padre Pio.

Dans un village à côté, avant-hier, un jeune de 25 ans s'est pris 4 balles par erreur, pris pour un autre dans un règlement de comptes camorriste. Pas une semaine sans arrestations spectaculaires de "capi" camorristes, pas une semaine, ou presque, sans son fait divers de règlements de comptes entre les clans, ou de commerce ayant flambé. La télé avait diffusé une vidéosurveillance montrant un "sicario" de la camorra abattant quelqu'un de deux balles devant un café, puis administrant le coup de grâce dans la nuque, et repartant tranquillement... Il a été arrêté à Castelvolturno (là où il y a eu la tuerie des clandestins), celui qu'il avait buté était le dernier survivant d'un commando qui avait abattu un parrain camorriste il y a quelques années ; depuis les deux parrains (père et fils) du clan de ce "sicario" arrêté ont été assassinés, et 12 arrestations suite à ce dernier assassinat. On a arrêté aussi récemment l'assassin d'un conseiller municipal de Castellammare (à 5km de Pompéi), ville natale d'Al Capone, qui était en fait son rival politique pour les prochaines élections - les deux étaient étaient liés aussi à la camorra, mais pas du même clan (ni du même parti).

Pour la suite, je parlerai du culte à Padre Pio... ce néo-Apollonius de Thyane local.


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#2 19-12-09 22:47:41

Yves Le Marseillais
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Re: Chronique pompéienne

Salut daimonax,

Un petit bonjour de Marseille la Belle qui passe pour un petit Naples aux yeux des Parisiens grace à la Télédrogue qui change les cerveaux et les enfumes.

Je vois qu'à Naples on fait de l'Or avc le Plomb et que les autochtones se soignent chez l'herboriste.

A bientot qui sait le plaisir de se revoir... chez les Parigos ou dans la Cité du Tarot... de Marseille.

Tarot jacta es !!

YLM


Personne n'est au dessus de l'obligation de dire la vérité.

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#3 20-12-09 02:23:29

l'Errant
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Re: Chronique pompéienne

Daimonax a écrit:

La ville de Pompéi est en émoi, en ébullition actuellement. D'abord on y a fermé la semaine dernière trois maisons closes

partisans du moindre effort ces italiens lol lol lol


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#4 20-12-09 04:13:52

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Yves Le Marseillais a écrit:

A bientot qui sait le plaisir de se revoir... chez les Parigos ou dans la Cité du Tarot... de Marseille.

Ou ici, au pied du Vésuve...  Je t'y invite!

http://www.bacchos.org/tempjupvesuve.jpg
Ici Vénus Pompéienne eut un amour avec Bacchus, habitant le Vésuve, et ils eurent comme fils Priape. Tout un programme!

Il fait encore plus de 10° ici, avec souvent des journées bien ensoleillées (la photo ci-dessus a quelques jours).

Tu sais que pour moi c'est ici le creuset de l'iconographie orphico-dionysiaque à la base de l'imagerie du tarot.

C'est là où la culture grecque pythagorisante a façonné le monde romain, la région qui a fourni à Rome la plupart de ses prêtres et prêtresses, et les fameux livres sibyllins, par où est arrivée aussi l'influence alexandrine - le grand port romain pour l'Egypte étant Puzzoles, à 10 km de Naples, par où ont pénétré en premier les cultes d'Isis en Italie (et l'hermétisme antique).


On est à côté de la porte des enfers dans l'Odyssée (la "solfatera" à Pouzzoles, volcan actif de soufre), là où Ulysse parla à l'ombre du devin Tirésias, vit Sysiphe pousser son rocher, Achilles, sa mère... Il y a un camping à côté où la température au sol dépasse les 20° en hiver... pas besoin d'un duvet pour dormir dans sa tente en février.

Pays d'oracles et de devins... A quelques kilomètres de là, à Cumes, la sibylle rendait ses oracles dans son antre. C'était une hermaphrodite, à la fois femme et homme (comme la femme du Monde), un peu comme Tirésias qui fut homme, puis femme, puis homme à nouveau. Une des sibylles les plus connues était Aristodémos, femme quand il était sibylle, mais qui était aussi, en homme, un grand stratège militaire qui mit la pâtée aux Etrusques, arrêtant leur expansion vers le sud, et fonda à partir de Parthénopée la néa-polis, Naples, car Cumes (la plus ancienne colonie grecque d'Italie) attirait toujours plus de monde et ne pouvait plus faire face à sa démographie.

A Cumes, une partie de la nécropole était réservée aux orphiques dionysiastes, au "bacchisés". A Parthénopée, il y avait le tombeau de la "fondatrice" éponyme, qui était une des trois sirènes de l'Odyssée, venue mourir de désespoir dans cette baie car amoureuse d'Ulysse. Les Cimmériens habitaient un ancien cratère volcanique à côté, à Baia (la région des champs phlégréens n'est faite que d'anciens volcans, une dernière éruption eut lieu au XVIIe s. je crois), autour d'un lac parfaitement circulaire et d'une profondeur phénoménale, peuple mythique de devins qui ne voyaient jamais le jour, toujours dans leurs cavernes attendant la nuit pour sortir sous peine de perdre leurs facultés oraculaires.

Héraclès au même endroit, avant de fonder Pompéi et Herculanum, vainquit des géants jeteur de pierres (un autre volcan), et Typhon en se réveillant (encore un volcan qui a pété) fit fuir les habitants (des Calchidiens venus d'Eubée) d'Ischia ou Pythécusse (première implantation grecque d'Italie), qui s'en allèrent alors fonder Cumes.  Zeus dut intervenir en personne pour qu'il retournât dans les profondeurs du Tartare. Pythécusse et son mystère des singes ("île des Singes"), car on y a effectivement trouvé des ossements de singes, mais au moins de 1000 ou 2000 ans antérieurs aux premières implantations humaines connues... Leur présence proto-historique sur cette île - et nulle part ailleurs - reste un mystère. Mais le nom grec de cette île de la baie de Naples est bien "l'île des singes", et à juste titre.

Jason aussi s'est arrêté pas loin en revenant de Colchide avec la toisons d'or, et fonda le temple d'Héra à Posidonia-Paestum à l'embouchure du Sélé. Jason, Ulysse, Héraclès, les sibylles, une sirène aussi... que du beau monde, donc, est passé par là dans les temps héroïques!

Mais revenons aux temps présents, tu jugeras ainsi si oui ou non Naples et Marseille se ressemblent. Elles ont déjà en commun d'avoir leurs quartiers populaires en plein centre historique. Mais je doute qu'à Marseille on envoie des SMS tout en conduisant son scooter, ou avec une canette de bière à la main, ou banalement à trois ou quatre dessus (sans casque)... et le portable en main collé à l'oreille. Un détail pour le code de la route napolitain: la priorité appartient à celui qui klaxonne le premier. Si tu ne t'imposes pas au risque de ta vie, jamais tu passeras...

Ambiance (calme)

http://www.youtube.com/watch?v=K8HOMU5UqkM

Depuis deux ou trois ans, on commence à peine à respecter les feux rouges, qui étaient il y a peu purement décoratifs. Mais je ferai le point une autre fois sur ce code de la route très particulier à Naples.

On a aussi une cité phocéenne dans le coin, Velia (ou Elée, ville des "éléates" comme Parménide ou Zénon), et quand les Samnites ont pris le contrôle de la plupart de ces cités grecques campaniennes et lucaniennes, dont Velia, bien de leurs habitants ont trouvé refuge à Naples, donc elle est aussi un peu phocéenne. Et si Marseille était la ville la plus grecque en Gaule (et même au Moyen Age), il en est de même pour Naples en Italie - Néron l'adorait pour ça -, et le marseillais comme le napolitain ont conservé dans leurs dialectes des tournures grecques.

Dans le vieux Naples, qui a gardé le même plan hippodaméen de rues depuis la cité grecque, bien des bases d'immeubles sont romaines, des voûtes ou des colonnes subsistent ici ou là, des fragments de monuments romains ornent des églises, et on retrouve aussi beaucoup de blocs grecs réemployés dans de vieux bâtiments (sur la vidéo de Youtube, on en aperçoit à l'angle d'un mur à droite). Un saint alchimiste local y a aussi son église (patience, j'y reviendrai). Une ville de palais désertés par les princes et habités par le petit peuple. A découvrir sans modération!

A bientôt là-bas, ou ici, dans cette rubrique "partage" pour la suite de cette chronique pompéienne (et napolitaine), où le tarot n'est pas si loin que ça...

Evohé !
Daimonax


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#5 20-12-09 05:12:11

l'Errant
Membre Monde
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Re: Chronique pompéienne

Daimonax a écrit:

A quelques kilomètres de là, à Cumes, la sibylle rendait ses oracles dans son antre. C'était une hermaphrodite, à la fois femme et homme (comme la femme du Monde)

Ne devrait-t'on plutôt parler d'androgyne pour le Monde ? L'hermaphrodite (personne physiquement porteuse des deux sexes) étant la particularité du Diable dans le TDM.

C'est bien sympatique ce reportage sur les légendes et les moeurs actuelles de cet endroit peu commun.

Le passé cataclysmique du lieu te paraît-elle avoir une incidence sur le mode de vie locale, car les autochtones semblent avoir un goût prononcé pour le risque, en quelque sorte un défi permanent à la mort dans le souvenir et par la crainte d'une irruption subite et dévastatrice ?

Dernière modification par l'Errant (20-12-09 12:59:26)


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#6 20-12-09 14:44:30

Elibabé
Membre Justice
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Re: Chronique pompéienne

Un régal de lire ton petit reportage Daimonax ! Merci wink

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#7 21-12-09 20:39:46

Charly Alverda
Membre Soleil
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Re: Chronique pompéienne

Merci pour la Gazette, Daimonax.

Tu as une belle plume de chroniqueur-ethnologue, on s'y croirait, j'entends presque les balles siffler !

A bientôt,

Charly

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#8 21-12-09 22:01:28

l'Errant
Membre Monde
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Re: Chronique pompéienne

Charly Alverda a écrit:

Tu as une belle plume de chroniqueur-ethnologue, on s'y croirait, j'entends presque les balles siffler !

Et oui un vrai western spaghetti, vont y passer tous un parrain wink


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#9 22-12-09 03:04:36

Daimonax
Membre Diable
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Re: Chronique pompéienne

Merci du compliment, smile

On va refaire un peu siffler les balles alors...

La rue où j'habite quand je descends à Naples (chez des amis, des anars admirables dont je reparlerai) est très "chaude", la via Forcella, Furcell' (prononcez Fourtchell', le u=ou) en napolitain. On est en plein centre de la ville, à 10min de la gare. Elle marquait une entrée de la ville Neapolis (des restes du rempart grec sont juste à côté) et selon certains érudits locaux c'était le centre pythagoricien de la ville, le lieu voulant dire "la fourche". Cela a bien changé depuis, la fourche est toujours là, mais pas les pythagoriciens.

Ma fille une fois a vu (il y a un an) dans cette rue une course-poursuite entre deux scooters - on dit "motorini", terme que j'emploierai maintenant, plus approprié - où le poursuivant avait un flingue et tentait de viser celui devant, elle a préféré se coucher au sol que de regarder... Ces amis de Furcell' l'année dernière ont dû changer le pare-brise de leur voiture, il avait explosé dans la nuit: une balle perdue... Mais une autre avait atteint son but, paraît-il, on y a relevé un mort ce matin-là. D'après la presse locale, la victime était déjà recherchée par la police, pour meurtre.

Pourtant, il paraît que c'est beaucoup plus calme maintenant, que ces incidents sont devenus "rares", disons sporadiques, depuis qu'il y a quelques années une gamine de 14ans s'était pris une balle perdue, et fatale, ce qui avait débouché sur de nombreuses arrestations dans la famille qui tenait la rue, et ses rivaux, et cela avait mobilisé tout le quartier dans un grand élan de "civisme". A noter au passage que le tireur était (presque) en état de légitime défense, on lui tirait dessus (c'était le fils du "capo" de la rue) et il avait voulu répliquer, mais en ratant sa cible - et pas la gamine (il a pris 20ans). Bien des jeunes, parfois &4ans au plus, se prom§nent avec un calibre et parfois friment encore avec le gun.

Il y a un mois, la presse locale annonçait, encore, l'arrestation du "capo" de la rue, et de ses fils, une autre famille. La succession est donc ouverte. Et le curé du coin s'est fait remarquer il y a 15 jours en refusant de payer les "étrennes pour les détenus" qu'on lui réclamait, à lui et à ses ouvriers qui restauraient le bâtiment (presque en ruine).

Mais ce quartier est comme à l'abandon, près de 50% de ses habitants sont illettrés, ou n'ont pas dépassé l'école élémentaire, beaucoup ne parlent pas l'italien, seulement le napolitain, pardon, le napulitan', et la Camorra y tient lieu de "service social", avec soupe populaire, assistance aux familles de détenus (nombreux), et diverses animations "culturelles", et c'est surtout le premier employeur du quartier (et de la région aussi...). Elle est presque "identitaire". Grâce à elle, les gamins peuvent avoir leur premier "motorino" dès 10 ou 11 ans, et parfois plus jeunes encore, et faire les cons avec dans la rue. Ah les p'tits cons! C'est eux qui me font le plus peur là-bas. Impossible de marcher sur les trottoirs pour en être  l'abri, ceux-ci sont occupés par les magasins qui s'en servent comme comptoirs auxiliaires, avec plein de marchands à la sauvette aussi, de clopes de contrebande ou de jouets chinois bas de gamme, ou ce sont les riverains qui y ont installé leur table pour jouer aux cartes - sans parler des poubelles qui débordent ici ou là et de leurs "annexes" sur le trottoir. Et trouver une refuge d'urgence dessus pour éviter de se faire percuter n'est pas toujours aisé. A 15 ans, la moitié au moins de ces gamins ont déjà une broche dans la jambe ou au bras - ils deviennent des hommes.

S'ils se plantent, c'est que ce ne sont pas (encore) des "bons", car les "bons", eux, peuvent rouler à toute berzingue dans ces rues étroites et sans accident, paraît-il, et couper la circulation sans prévenir en débouchant comme des fusées sur l'avenue au bout. Banzaïe, me v'là! Vraiment, ils doivent avoir une protection divine! Pas possible autrement... Une fois en attendant un quart d'heure au bout j'ai cru toutes les deux minutes que j'allais assister à un accident grave en les voyant débouler ainsi sans regarder et sans freiner ni même ralentir (et en téléphonant avec le portable parfois), et sans casque bien sûr. Le casque veut dire danger, alors pour éviter le danger, on n'en porte pas, logique. Et surtout pas un intégral, il faut que le visage soit visible de tous, sinon on risque d'être la victime d'une tragique méprise de "légitime défense" de quelque camorriste, à être pris pour un "sicario" en mission...

Mais ce sont des "bons", donc, eux, ces kamikazes du motorino, selon les critères locaux... De "vrais Napolitains", des Napoulitan', avec cette devise locale: "le danger, c'est mon métier. Et moi aussi je dois sans doute profiter de la bienveillance de San Genaro et du padre Pio (omniprésent, quelle que soit la direction de mon regard, il y en un, au moins), car le piéton doit avoir lui aussi de bons réflexes!

Parmi les "bons", il y a eu une figure légendaire dans les années 70, dont tout le monde se souvient encore avec envie, "Agostino", surnom en hommage au champion moto Agostini. Car non seulement il roulait à plus de 100 à l'heure dans Naples avec sa bécane (des rues à une voie et en double sens pour la plupart), mais en plus il filait des baffes aux flics au passage quand il en croisait un, faisant voler leurs casquettes, sous les applaudissements des passants. Evidemment, il passa par la case prison avec son petit jeu, mais cela lui valut l'estime, l'admiration de tous, c'était le "meilleur", un maestro, sant'Agostino. Tout le monde se demande ce qu'il est devenu, il tenait un petit magasin qui est fermé depuis des mois. Dommage, j'aurais bien voulu voir cette figure locale, le "meilleur" de tous, l'idole de toute une génération de Napolitains.

Pour les animations culturelles de la rue Forcella, il faut attendre qu'un camorriste sorte de prison (vu leur nombre en taule, ça arrive assez souvent), alors là, quelle fête de quartier! Une façon de redistribuer un peu l'argent soutiré par la menace aux commerçants de la rue pour leur "tranquillité", et se faire "aimer" des riverains alors qu'elle est une plaie pour tous. La rue est alors bouchée par une estrade avec sono et jusqu'à trois heures du mat, au moins, et on a droit à de la variété italienne populaire en live à fond les enceintes, où Julio Iglésias à côté semble être un rocker déjanté. Mais quelle ambiance! Tout le monde reprend en chœur avec le chanteur ces mélodie sirupeuses, dégoulinantes d'amorrrrrrre, tsin tsoin. Sinon on a droit aussi dans cette rue et ses traverses adjacentes à des feux d'artifice sauvages plusieurs fois par semaine, de jour comme de nuit, tirés d'un balcon ou de la rue, pour fêter n'importe quoi. Peut-être aussi pour masquer le bruit des balles (quand c'est le matin), comme certains le pensent ici.

Quand il y a un important match de foot à la télé, la rue paraît déserte, il n'y a plus que les Blacks et les Pakistanais, ou quelques Gitanes faisant les poubelles. Inutile d'allumer sa télé, on sait quand l'équipe d'Italie ou Naples marque un but, un grand cri collectif sort de chacune des fenêtres à les faire trembler, et c'est une dizaine de feux d'artifice après qui éclatent un peu partout à la fin s'ils ont gagné, puis le grand "casino" en ville, ou en napul' "l'burdel'" (bien des mots français sont passés en napolitain). Sinon... comme un silence de mort règne. Quand Naples est repassée en première division, il y a deux ans, fête monstrueuse en ville, et pour marquer le coup, plusieurs magasins de vêtements ont eu les vitrines brisées, pour prendre les mannequins, les habiller aux couleurs de l'équipe de Naples et décorer la ville avec un peu partout.

ll y a un blog qui a fait une petit reportage à cette occasion, qui vaut le détour
http://il-blog-del-marion.blogspot.com/ … chive.html
(c'est au milieu de cette page, le 2e article)
Moi, je n'ose pas sortir mon appareil photo dans la rue, trop voyant... Mes amis forcelliens me l'ont vivement déconseillé pour ma tranquillité et ma sécurité.

J'y étais pas sur ce coup, mais j'étais à Naples pendant la dernière Coupe du monde: à côté d'eux, vraiment, les Français sont sages comme des Suisses allemands neurasthéniques bourrés de tranquillisants... Excusez, mais c'est indescriptible - voir les photos du blog ci-dessus pour en avoir une toute petite idée.

Quand on dit que le "calcio", c'est sacré ici, on ne peut pas mieux dire: il y a une chapelle dans le vieux Naples avec une mèche de cheveux de Maradona, et on vient parfois y prier la "Madone de Maradona" avant un match important. Mais interdit de la prendre en photo sans prendre un café avant dans le bar à côté, un panneau, en plusieurs langues, avertit sèchement des graves dangers qui menacent l'appareil photo si on ne respecte pas cette condition... "Capito?"

Pour le "western" pizza napolitaine, celui qui m'amuse le plus, c'est les duels entre églises. Dans le vieux Naples, une église toutes les cinq ou dix maisons, souvent face à face... comme dans un duel de western. Alors je regarde laquelle est ouverte pour savoir qui a gagné. Rue Forcella, il y en a deux face à face qui sont presque tombées d'un coup, une façade avait failli s'écrouler, ces deux anciennes églises maintenant se tiennent mutuellement debout pas des échafaudages qui enjambent la rue. Des immeubles s'écroulent parfois dans la vieille ville, souvent suite à l'effondrement d'un souterrain. Il y a plein de souterrains sous Naples, certains sont devenus des garages ou parkings, d'autres restent des ateliers clandestins pour la Camorra, permettant de communiquer discrètement entre les maisons pour quelque fuite si nécessaire, comme dans le "quartier espagnol". Parfois ce sont des catacombes paléochrétiennes, ou même des nécropoles grecques.

Le sous-sol est tellement riche archéologiquement que les travaux du métro avancent à peine, on creuse 10m, et paf, une voie romaine, d'anciens bâtiments grecs, romains ou médiévaux sur la route... Et fouilles archéologiques quelques mois à la clé, avant de pouvoir refaire 10m de plus. Et pourtant, ils suivent les axes déjà dégagés par les Bourbons d'Espagne, donc déjà "épurés" archéologiquement parlant. Ils ont sorti comme ça une barque grecque entière dernièrement: cette ville, chérie par Néron, a 2600 ans au moins(au moins aussi vieille que Rome, et sans doute plus), bien conservés en sous-sol, et fut toujours assez importante, la Grèce classique aux portes de Rome. Ce qui l'a tuée, c'est Garibaldi qui a choisi Rome comme capitale en unifiant l'Italie, alors que Naples était une métropole très riche, active, culturellement aussi très brillante, son opéra valait bien celui de Milan, et innovatrice en tout... Pensez: ce fut la première ville d'Europe avec un éclairage public! Et Rome a étouffé sa rivale, l'appauvrissant, la délaissant, l'abandonnant totalement à la mafia. Alors Naples résiste, ignorant avec honneur autant que faire se peut toutes les lois venues de Rome... E tchè l'burdel' permanent!

Une dernière anecdote significative pour finir cet épisode. Un fils des ces amis de Furcell' (20ans) un jour m'a proposé de me prêter sa moto, une 500. Je l'ai remercié en lui disant qu'hélas je n'avais pas le permis pour cet engin. Il m'a regardé alors avec des yeux ronds, étonné, et, spontanément, avec candeur, il m'a répondu, insistant: "Mais... mais on est à Naples ici..."

Forza Napule !
Daimonax


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#10 22-12-09 03:33:08

l'Errant
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Re: Chronique pompéienne

J'avais lu que Timisoara, en Roumanie fut la première ville européenne à être éclairée à l’électricité, en 1884, et l’une des premières villes à être dotée d’un tramway électrique (en 1899).

Peux tu nous éclairer sur la date à laquelle Naple l'a été, mais sans prendre de risques bien sûr pendant ton enquête wink on tiend à apprendre la suite de tes périgrinations lol


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#11 22-12-09 15:30:27

Charly Alverda
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Re: Chronique pompéienne

Oui, Daimonax, je comprends Marion ! Content que tu te plaises là-bas !

Dans le contexte archéologique, tu m'as fait penser à ces images extraordinaires de Fellini-Roma où, creusant des galeries pour le métro, des fresques apparaissent et au contact de l'air disparaissent en temps réél.

Bon, sois prudent tout de même, parce que si la camorra te séquestre et demande une rançon, ben heu ! C'est les fêtes de fin d'année... et on est quelque peu à sec en ce moment !

Bon courage,

Charly

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#12 22-12-09 16:40:11

Yves Le Marseillais
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Re: Chronique pompéienne

Charly Alverda a écrit:

Oui, Daimonax, je comprends Marion ! Content que tu te plaises là-bas !

Dans le contexte archéologique, tu m'as fait penser à ces images extraordinaires de Fellini-Roma où, creusant des galeries pour le métro, des fresques apparaissent et au contact de l'air disparaissent en temps réél.

Bon, sois prudent tout de même, parce que si la camorra te séquestre et demande une rançon, ben heu ! C'est les fêtes de fin d'année... et on est quelque peu à sec en ce moment !

Bon courage,

Charly

Camarade syndicaliste,

A cette menace d'enlèvement, je ne répondrai qu'une chose éventuellement:

LIBEREZ NOTRE CA MA RA DE !!!

Bonnes Fetes napolitaines !!

Yves CFDT Canal Historique


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#13 23-12-09 04:05:54

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

L'enlèvement contre rançon, c'est surtout une spécialité calabraise, qui vise les enfants des petits patrons locaux. Ça ne se fait pas ici, on préfère mettre le feu à l'usine, au restau ou autre entreprise si le pizzo n'est pas versé. Chacun ses traditions en Italie du Sud.

A Naples (et sa région), il y a la camorra, mais il y aussi les anars, assez nombreux, bien unis, organisés, efficaces. Deux groupes actifs ici, d'un côté des d'jeunes assez punks, proches de la tendance black-bloc, et les "intellos" du groupe Louise-Michel, dont la moyenne d'âge est bien plus élevée. Un groupe qui existe depuis le début du XXe s., dans la suite de Malatesta, originaire du coin. D'ailleurs à Pouzzoles, dans un jardin public, une grande plaque lui rend hommage avec une citation de lui. Pour eux, la camorra et les politiques ici ne font qu'un, et ne peut exister qu'avec la complicité active de l'Etat, via les politiques locaux; voter, pour eux, c'est voter toujours pour la camorra, que ce soit à droite ou à gauche. Et là, ils ont en partie raison...

En tout cas, ils sont très actifs, ils ont un local où ils multiplient les "initiatives" en tous genre, allant, pour ce que j'ai déjà vu, de la projection d'un film antimiltariste, une soirée anticléricale jusqu'à un très convivial grand repas "autogéré" (près de 80 personnes autour d'une table), ou à des débats publics sur l'antipsychiatrie ou les événements en Grèce animé par un "compagnon" venu de là-bas avec un film, bien fait du reste. D'ailleurs, aux derniers événements en Grèce, l'un d'eux s'est fait arrêter, accusé d'avoir mis le feu à une voiture. Je le connais, et il en est tout à fait capable...

Et ils ont en ville aussi, en plein centre historique, un café-librairie (avec excellent choix de livres!), un lieu impossible en France. D'abord, il y a de la super-bonne musique, très éclectique dans les styles (sauf reggae), rien que ça c'est un régal, on est toujours agréablement surpris. Le bar en lui-même est assez petit et il y a toujours, quand j'y vais, pratiquement deux à trois plus de monde - voire plus -, que le lieu peut en accueillir. Alors fatalement, plus de monde dans la rue que dedans, et c'est le "casino" (on dirait le bordel gentil ici) jusqu'à 3 heures du mat le samedi soir (avec musique à fond). Impensable ici, avec la dictature des riverains sur leur rue, le lieu serait fermé pour tapage et entrave à la circulation.

Des jeunes étudiants jusqu'aux vieux babs, tous les âges sont représentés dans des proportions similaires et se mélangent. Souvent quelques nanas un peu pompettes se mettent à danser dans ce lieu étroit, et je me suis pris comme ça un verre de pinard renversé sur le futal. Et puis ça y clope dur... (Il y a quand même le "vietato de fumar" réglementaire, seule concession faite à la loi.) Quoique ce soit plus souvent des bons gros joints des familles que des Camel ou Malboro. Ça roule et ça tourne sans arrêt, on dirait un concert de Gong des années 70. Si on a la flemme de s'en faire un, il n'y a qu'à confier son gratton au DJ, le "communiste buveur de Coca" (gabarit sumo poids lourd), il s'en charge avec plaisir. Et pourtant, il y a en grand au-dessus du bar la devise, en français s'il vous plaît: A bas les cadences infernales. On y roule mais on n'y est pas rasta, il n'y en a pas ici, on est plutôt punk (il n'y a que le reggae qui manque dans leur fabuleuse discothèque). D'ailleurs il y a un bocal avec un petit rasta en plastique noyé dedans avec la légende "punk it's not dread". Joli jeu de mots.

Etonné par autant de libertés dans ce lieu, ce DJ m'a fait une longue apologie de Naples comme ville de résistance, autant pendant l'occupation allemande qu'aujourd'hui, et m'a résumé ce lieu: "ici, ni camorra ni police!", en me montrant un panneau avec écrit en italien: "zone désinfectée". Et c'est vrai... la camorra ne touche pas aux lieux des anars. Car la situation serait assez compliquée sinon. En effet, ces anars napolitains ont chacun des grandes familles - les familles populaires sont assez nombreuses et très étendues ici -, et parmi elles, souvent il y a toujours, fatalement à Naples et dans sa région, au moins un ou deux cousins dans un clan. Beaucoup de ces anars napolitains sont même des "dissidents" dans leur famille, refusant la religion et la camorra que certains de leurs membres ont épousée(s), mais cela ne retire rien à la "solidarité" familiale en cas de problèmes graves...

Mais la police, avec ce bruit et tous ces joints?...  Première réponse, et toujours la même: "mais on est à Naples ici..." Ce lieu est bien toléré, car tout compte fait, c'est un des hauts lieux culturels de la ville, avec une "élite" étudiante comme base de clientèle, et sans camorra.

Ce café aussi organise parfois des conférences-débats, le dernier que j'ai vu était sur un mouvement musical techno aux USA, ou des projections de films, j'y ai vu les films tournés côté manifestants des événements lors du G8 à Gênes. Impressionnant! Ils ont de grandes poubelles collectives en fer en Italie et, dans les rues en pente... ce sont de vrais blindés qui déboulent sur les cordons de police, qui volent alors comme des quilles.

Ils sont très chauds ces Italiens dans les manifs, d'ailleurs un des mecs qui bossent parfois dans ce bar a fait de la taule récemment car il avait attaqué une voiture de police lors des innombrables manifs qu'il y a eu autour des poubelles de Naples, et ce devant des caméras de télé. Peut-être aussi est-ce une des raisons de la tolérance des autorités pour ce lieu... ça ferait plus de bordel de le fermer que de le tolérer ainsi. Car du bordel, le "casino", ces anars l'ont déjà mis parfois à Naples...

Il y a quelques années, l'Etat avait réduit drastiquement des allocations genre RMI et, en même temps, un énième scandale d'emplois fictifs dans la région occupait les gazettes. Alors ils ont bouché plusieurs jours de suite la circulation en ville (elle n'en avait pas besoin, en fait) avec des banderoles et des  slogans sur le thème: "nous aussi on veut être payés à ne rien foutre!" Encore un beau "casino", l'burdel'. Ils ont eu gain de cause, on a proposé à certains d'entre eux des "emplois tranquilles" à la région, en remplacement d'une allocation perdue, mais qu'ils arrêtent ce bordel, ce "casino". Soit, certains ont accepté, mais ils se sont tout de suite mis en grève, pour avoir avant une formation longue...

Mais ce ne sont pas les seuls, les cocos et trotskards ne sont pas en reste, ils ont un squat en plein centre depuis des années qui assure, entre autres, aide et assistance aux immigrés extra-européens, avec concerts aussi. Et d'autres encore, à voir les affiches collées dans la rue, c'est très actif, on dirait que Naples est toujours mobilisée contre quelque scandale, à la limite révolutionnaire. La dernière vue était syndicale, avec la photo du patron dénoncé, un texte assez violent écrit en napolitain, pas tout compris, sinon qu'ils auront la peau de cette crapule. Mais tous, même s'ils ne se mélangent pas trop, bien que tout le monde connaisse tout le monde, constituent un front antifasciste très fort ici, et font parfois de grosses manifs ensemble. En fait, il y a beaucoup de manifs ici, généralement sur des sujets locaux, sur le réaménagement urbain, contre l'augmentation d'une taxe, sur les poubelles encore, contre des projets de décharges, et elles dégénèrent souvent en affrontement entre manifestants et police. En politique, c'est comme en religion ou pour le foot, à Naples et sa région, on ne fait jamais les choses à moitié! La modération est un mot inconnu ici. Mais pas le "casino", un vrai art de vivre, ce "casino".

Et Pompéi n'est pas en reste, aussi petite soit la ville. J'ai assisté il y a trois jours à un film-débat sur le scandale des poubelles et décharges de la région (Una Montagna Di Balle) avec une centaine de participants de tous horizons, du punk jusqu'à la mamie avec un badge politique, organisé par une association socio-culturelle très active en plein de domaines, là aussi pas mal d'anars dans le lot. Et puis les associations anti-mafia fleurissent un peu partout ici, il y a quand même une mobilisation populaire de plus en plus forte contre la camorra, on ne lui pardonne pas le scandale des poubelles et la pollution désastreuse en Campanie à cause d'elle.

Voilà que j'ai mis un drapeau noir dans la main du padre Pio dans ma description de la Campania felix.

Ni Dieu ni maître, ni camorra ni police !
Daimonax

PS. Pour l'éclairage urbain, ça date du Moyen Age. A l'origine, ce sont ces innombrables petites chapelles en ville qui ont servi d'éclairage, un moyen qui a été trouvé pour que les riverains les alimentent sans arrêt en chandelles, faisant ainsi en même temps leurs dévotions et leur participation à l'éclairage public.


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#14 23-12-09 08:28:00

Yves Le Marseillais
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Re: Chronique pompéienne

Cher Daimonax,

C'est avec un grand plaisir que je lis tes Chroniques Napolitaines. Que dis je: tes Tranches (de vie) Napolitaines qui me font souvenir que tu viens bien d'un métier du Livre avec l'orientation sociale qui fleure bon les Pavés et la Plage.
Ah ! voir Naples... mais ne pas mourrir non car il reste tant de choses à vivre et découvrir au sein de ce peuple d'humains si varié, multicolore, si vivant...

Que les Dieux du Tarot te guident et... te protègent clope au bec et oeil ouvert pour notre plus grand bonheur.

Amitiées

Yves Le Marseillais


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#15 23-12-09 14:06:22

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Yves Le Marseillais a écrit:

Cher Daimonax,

Que les Dieux du Tarot te guident et... te protègent

Tu sais que pour moi le dieu du tarot est Bacchus-Dionysos, et je suis dans sa patrie de prédilection, selon Martial (le Vésuve avait été appelé aussi mont de Bacchus).

Voici le mont Vesbius (Vésuve), hier encore verdoyant et ombragé de pampres :
ici un noble cru avait plus d’une fois fait déborder nos cuves de ses flots.
Voici ces hauteurs que Bacchus aimait plus que les collines de Nysa ;
sur cette montagne le chœur des Satyres déroulait naguère ses danses.
C’était le séjour de Vénus, plus agréable à ses yeux que celui de Lacédémone ;
ce lieu était fameux par le nom d’Hercule (Herculanum).
Tout a sombré dans les flammes : une lugubre cendre couvre le sol,
et les dieux eux-mêmes auraient voulu que cela ne leur fût pas permis.
Martial, IV, 44

http://www.bacchos.org/pricenaples1.jpg

Il a fallu au moins 1000 ans pour que l'agriculture de cette région redevienne prospère comme du temps de la Campania felix. Les légumes ici atteignent des tailles colossales, dépassant parfois les 50kg. Et le vin de Pompéi, du Vésuve, est particulièrement bon, doux et fruité, et pourtant je ne suis pas très amateur de pinard. Mais là, je l'apprécie.

Evohe !
Daimonax


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#16 23-12-09 20:42:55

l'Errant
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Re: Chronique pompéienne

Daimonax a écrit:

Les légumes ici atteignent des tailles colossales, dépassant parfois les 50kg.

Et le vin de Pompéi, du Vésuve, est particulièrement bon, doux et fruité, et pourtant je ne suis pas très amateur de pinard. Mais là, je l'apprécie.

Euhhhh pas les p'tits pois quand même lol

Tsss on dit des Marseillais, mais là les Napolitains qui boivent le vin de Pompei appuient un peu fort du coude sur la balance wink

ou bien sont-ils toujours un peu pompette tongue


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#17 23-12-09 21:02:52

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

l'Errant a écrit:

Daimonax a écrit:

Les légumes ici atteignent des tailles colossales, dépassant parfois les 50kg.

Et le vin de Pompéi, du Vésuve, est particulièrement bon, doux et fruité, et pourtant je ne suis pas très amateur de pinard. Mais là, je l'apprécie.

Euhhhh pas les p'tits pois quand même lol

Tsss on dit des Marseillais, mais là les Napolitains qui boivent le vin de Pompei appuient un peu fort du coude sur la balance wink

ou bien sont-ils toujours un peu pompette tongue

Tss tss, non, ni Marseillais (pardon Yves) ni pompette !

http://www.bacchos.org/legumespompei.jpg

Production de mon propriétaire dans son jardin (où j'habite et où se promène mon chat en ce moment, Socrate il s'appelle). La plus grosse, quand elle a été cueillie, faisait 52kg.

Evohé !
Daimonax


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#18 23-12-09 21:29:34

l'Errant
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Re: Chronique pompéienne

Bin didon mon colon.. belles les courges de Daimonax big_smile

Pas possible, je vais finir par y croire ! La terre a été enrichie par le suc de Dyonisos wink

Si tu veux éviter trop de frais postaux, garde les courges et envoie nous juste un petit tonneau de bon vin du Vésuve tongue


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#19 23-12-09 21:34:29

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

"Il est vrai que notre contrée (la région de Pompéi) foisonne de tant de divinités propices qu'on peut y rencontrer un dieu plus facilement qu'un homme."
Pétrone, Satyricon 17, 5.

Et c'est vrai, autant dans la Pompéi antique que dans la contemporaine, on ne fait pas un pas dans l'une ou l'autre sans croiser l'image d'une divinité, Bacchus ou le padre Pio, Vénus pompéienne ou la Madone (de Pompéi), Hercules ou le Christ, Fortuna-Isis ou sainte Anne...  Ils avaient quand même plus de choix, de variété avant, le catalogue s'est appauvri, mais "Ils" habitent bien, par leur omniprésence, les lieux, les rues comme les maisons.

Evohé !
Daimonax


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#20 23-12-09 21:51:23

l'Errant
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Re: Chronique pompéienne

Daimonax a écrit:

Ils avaient quand même plus de choix, de variété avant, le catalogue s'est appauvri

LOL tu m'as fait rire.

Mais regarde bien le calendrier de 2010, comme pour les autres années, il n'y a pas loin de 360 saints wink

Bon c'est vrai qu'on en réfère souvent aux mêmes, mais les autres ne sont pas perdus pour autant, juste qu'on ne sait plus trop à quoi ils servent lol


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#21 28-12-09 14:21:48

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Oui, il y a bien des saints dans le calendrier, mais ce sont toujours les mêmes qu'on rencontre ici, et là, il y a une sorte de standarisation, il vaut mieux avoir trois padre Pio que trois saints différents, padre Pio protégeant principalement les habitants e la Campanie et des Pouilles voisines, un peu le local de l'étape. Et puis beaucoup de croyants ici l'ont connu, sont allés à ses messes, etc. D'ailleurs j'ai une petite plaisanterie, exagérée bien sur, pour définir la différence entre Pompéi (moderne) et Naples: à Pompéi: un chien (errant seul), un padre Pio; un chien, un padre Pio, un chien, un padre Pio (j'"xag§re, car des chiens, oui, il y en pas mal, mais pas autant que les padre Pio), et à Naples, un fou en motorino (scooter), un padre Pio, un fou en motorino, un padre Pio (là aussi j'exagère, car il y quand même plus de fous en scooter que de padre Pio, et ce n'est pas peu dire...).

Un padre Pio et une Madone collectifs pour une petite cité HLM à côté de chez moi.

http://www.bacchos.org/padrepiovitiello1.jpg

Mais la vraie différence est qu'ici on préfère l'herbe locale poussée sur les pentes du Vésuve au chichon d'importation comme à Naples, pas très forte mais bien agréable aussi. (Et on ne parle pas aussi fort qu'à Naples.)

Mais la Pompéi moderne compte aussi une population active pleine de ressources. Il y a une association socio-culturelle remarquable, avec un grand local, une ancienne station d'épuration des eaux, qui en cinq ans a organisé pas moins se 70 concerts, et plus encore de journées festives. Et son président (et un des cofondateurs) est un des guides du site archéologique - d'autres guides font partie du staf. Inutile de dire que nous avons sympathisé, et on doit faire une visite ensemble bientôt, sorte de concours pour voir qui, de moi ou eux, en montera le plus aux autres big_smile  En tout cas, ils sont très intéressés aussi par ma thèse sur le tarot de Dionysos wink

En une semaine, projection d'un film sur le scandale des décharges dans la région, apéritif de Noël (près de 200 personnes), "tombola" traditionnelle de Noël (j'y reviendrai), et hier journée congolaise, stands d'artisanat, films, concerts, bouffe, et soirée dansante (rock-techno), pour 6 euros, entre 300 et 400 personnes. Vraiment bravo aux organisateurs! Je suis bluffé. Du coup, je suis devenu une "célébrité", LE Français de Mariconda (le hameau de Scafati qui touche Pompéi où j'habite). Mon intégration ici a fait un pas de géant. J'ai été invité à manger le soir de Noël chez l'un d'eux (un guide de Pompéi  encore) et j'y ai bu un vin fabriqué maison par son père (à 500m de chez moi), vraiment bio, excellent, fruité, unique...

Le lendemain, invité au répas de Noël chez mon propriétaire, la toute première question posée était non pas "comment allez-vous mais: "êtes-vous catholique?" D'autres membre de cette famille sont passés, et encore et toujours la même question: "êtes-vous catholique?" Réponse diplomatique: "tolérance, respect, humanisme laïque français, etc. Produits du terroir, dont les "meilleures pâtes du monde", fabriquées artisanalement à Gragnano, près d'ici, comme le vin rouge pétillant.

Mais le plus intéressant fut cette "tombola" locale, un jeu de loto avec 90 numéros qui garde les traces d'une ancienne divination, car à chaque numéro, de 1 à 90 a une valeur, un sens, un nom. Le 1, c"est l'Italie, le 90 la peur, mais il y a l'église, le vieux, la vieille, le patron, le mort, le mort qui parle aussi... Ce serait un jeu inventé par Casanova, m'a-t-on, dit, devenu très populaire à Naples dans les siècles précédents, et ces significations sont les interprétations des rêves. Pour chacun de ces types de rêves, inspirés par un aïeul défunt grâce au culte des morts, il y a donc un numéro de loterie à jouer, et des devins populaires existaient avant, les "assistitti", spécialisés pour dire quel numéro jouer selon le rêve du consultant, moyennant une part du gain en cas de réussite. J'ai regardé s'il y avait un rapport avec le tarot, pas vu, sauf peut-être le nombre 22: le "pazzo", le fou. Nous étions une quarantaine, un peu plus, à jouer ce soir-là, à 1 euro les trois cartons de loto. Celui qui était chargé du tirage des numéros a vraiment fait le spectacle, une voix d'une puissance d'opéra (un des participants est chanteur d'opéra, cela dit au passage), un comédien-né pour la commedia dell'arte, j'ai pas tout compris (mélange d'italien et de napulitan'), loin de là, mais tout le monde était mort de rire à chaque numéro tiré, un rire communicatif.

En ville (Pompéi), vu aussi un théâtre de guignol, mais sans Guignol, les trois personnages étaient Pulcinella, le Nqpolitain de la commedia dell'arte, Toto, ancien acteur napolitain du cinéma comique italien, une icône ici, et le diable, et comme décor la campagne d'ici avec le Vésuve dans le fond. Traditions toujours.

http://www.bacchos.org/guignolpompei1.jpg

A suivre...

Dernière modification par Daimonax (28-12-09 14:42:14)


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#22 28-12-09 20:23:33

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Daimonax a écrit:

Celui qui était chargé du tirage des numéros a vraiment fait le spectacle, une voix d'une puissance d'opéra (un des participants est chanteur d'opéra, cela dit au passage), un comédien-né pour la commedia dell'arte, j'ai pas tout compris (mélange d'italien et de napulitan'), loin de là, mais tout le monde était mort de rire à chaque numéro tiré, un rire communicatif.

Ce n'est peut-être pas le tarot, mais il s'agit bien d'un tirage aussi...

http://www.bacchos.org/tombola1.jpg http://www.bacchos.org/tombola3.jpg

http://www.bacchos.org/tombola4.jpg http://www.bacchos.org/tombola2.jpg


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#23 08-01-10 16:53:17

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Une info de plus sur cette tombola napolitaine mélangeant culte d'un ancêtre, interprétation des rêves et numérologie, celui qui tire devait être homosexuel (je ne crois pas qu'ici cette tradition fût respectée), et aussi construire une histoire avec les sens des numéros tirés. C'est cela qui faisait rire tout le monde, les liaisons et l'histoire construite au fur et à mesure du tirage, qui m'ont échappé.

Daimonax Pompeianus


Servitia regum superborum, suae libertatis immemores, alienam oppugnatum venire. (Tite-Live, II)
[Voyez] ces esclaves de tyrans arrogants, oublieux de leur propre liberté, venir agresser celle des autres.

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#24 15-01-10 19:45:50

Daimonax
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Re: Chronique pompéienne

Il a neigé sur le Vésuve...
http://www.facebook.com/album.php?aid=2 … p;comments

Mais le temps est toujours aussi clément à ses pieds...


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#25 07-05-10 00:59:21

Daimonax
Membre Diable
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Re: Chronique pompéienne

Quelques nouvelles, depuis le temps...

D'abord je suis toujours ce forum avec intérêt, mais actuellement je suis plutôt plongé dans l'archéologie pompéienne - et l'iconographie romaine de Sylla à Vespasien/Titus (en 79).

J'ai fini par sympathiser avec quelques gardiens, qui me font visiter souvent des maisons fermées au public, selon les secteurs où ils travaillent, des demeures souvent splendides, intéressantes toujours, et petit à petit je finis par connaître le site dans ses moindres recoins, même les plus secrets, les plus inaccessibles, avec des moments vraiment magiques, comme passer par une ruelle fermée, déserte, loin de la foule touristique, puis pénétrer dans une maison en ruines avec des peintures tantôt splendides, tantôt presque effacées, enfin passer par un trou dans un mur débouchant sur un terrain vague, et là... dans la broussaille... une fontaine avec des mosaïques splendides (un "nymphée") racontant la naissance de Vénus. Ouccchhhh!

J'anime par ailleurs une page Facebook (les Ritals adorent FB) "Pompéi, arte, storia ed archeologia" (en ritalien), avec plus de 1800 "fans" actuellement, dont de nombreux "pros" de l'archéologie pompéienne, des restaurateurs aussi, des guides, des gardiens du site...  Bref, "je fais mon trou ici". Et quelqu'un (un franc-mac) s'est proposé de traduire en italien ma "thèse" sur la tarot dionysiaque, qui plaît beaucoup ici...

A bientôt,
amitiés à tous
evohé !
Daimonax Pompeianus


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#26 07-05-10 06:54:19

Charly Alverda
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Re: Chronique pompéienne

Merci pour ces (bonnes) nouvelles Daimonax ! Je suis heureux de ton immersion  pompéienne réussie ! Bonne chance pour le Tarot Dyonisiaque, ce qui serait génial c'est d'éditer un jeu à partir de tes photos.

Amicalement,

Charly

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#27 08-05-10 21:05:30

Chèvre
ma e baga
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Re: Chronique pompéienne

Salut Daimonax !

Oui, ça fait plaisir d'avoir de tes nouvelles, particulièrement de telles nouvelles !

Puisqu'on te tient (!) , puis-je te poser une question personnelle ? (Le lieu n'est peut-être pas adéquat....).

Et la 'spiritualité' ?... (Mot passe-partout, c'est certain....)

ça t'intéresse? Un peu? Pas du tout? Tu t'en fiches? Tu n'y penses pas? Autre option...?

J'espère que tu ne prendras pas mal ma curiosité de chèvre. D'autant plus que, tu le sais, je 'kiffe' ton... 'Mode de vision' (encore une drôle d'expression...) du Tarot.

Et justement... ça m'intéresse!

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#28 11-05-10 16:17:57

Daimonax
Membre Diable
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Re: Chronique pompéienne

Vaste sujet, grosse dissertation de philo... Je pars demain et passerai quatre semaines en France, je te répondrai à ce moment.

En tout cas, quand j'entends l'évêque de Pompéi appeler à abandonner les restaurations du site pour que tout cet argent lui revienne à lui et au sanctuaire de la Madone au rosaire qui n'a même pas un siècle, rempli d'or, et ce au nom de Dieu et de la Madone, lui la plus grosse fortune de la région, exonéré de tout impôt, je pense que sa"spiritualité" est faite de cupidité et d'avarice, et d'obscurantisme.

Dernière modification par Daimonax (11-05-10 16:18:41)


Servitia regum superborum, suae libertatis immemores, alienam oppugnatum venire. (Tite-Live, II)
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#29 17-05-10 01:36:39

Daimonax
Membre Diable
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Re: Chronique pompéienne

Début de réponse pour Chèvre, concernant ma position à l'égard de la "spiritualité". Un peu en désordre, disons.

Au sens premier, large, tout ce qui est du domaine de l'esprit, de la vie non matérielle. Mais avec la religion chrétienne, cela est devenu penser à sauver son âme pour être admis au paradis avec Dieu, éviter l'enfer, voire dans certains courants chercher la "grâce".

Ainsi, la spiritualité des Amérindiens repose-t-elle d'une part sur la "vision", avoir des visions, voir l'immatériel, et se sentir en communion avec la nature, ses esprits, son tout. Assez proche de l'idée de spiritualité new-age.

D'une certaine manière, c'est un "voyage" avec l'esprit et les émotions qui vont avec. On est assez proche du paradigme chrétien de rechercher la "grâce". Démarche tout à fait parallèle aux prises de drogues, d'hallucinogènes. Cela peut du reste devenir aussi une "toxicomanie", des obsessions, voire du fanatisme. La différence est que l'usager de substances psychotropes n'ira pas à croire réellement que ses "visions" sont une réalité supérieure, mais un "délire", une "poésie" dans le réel brut, quand les autres se croiront eux-mêmes supérieurs, avec un message, en raison de leurs expériences émotives issues de leurs croyances métaphysiques exacerbées.

Je ne suis pas du tout dans cette trajectoire "spirituelle" d'essence religieuse (au sens large j'y inclus la quête "magique" de nombre d'ésotéristes), mais je peux aussi "voyager" mentalement - pas seulement avec les pétards -, ceux-ci n'ont pas lieu dans des "sphères", "dimensions" ou "mondes" épousant une cosmogonie et un corpus de croyances - base nécessaire à ces "spiritualités" -, mais plutôt dans le "temps". On peut tout à fait considérer l'"histoire" ou l'"archéologie" comme une "spiritualité". Et quelle magnifique "cathédrale" pour cette "spiritualité"-là que ce site de Pompéi... ;-) 

Une vie ensevelie, mais d'une certaine manière encore "vivante" pour qui sait voir, sentir, avec ses figures et personnages, comme des romans ou nouvelles à lire en rêve, tel ce pauvre Promus traité de "fellator" (d'enfoiré), et qui le restera donc ad perpetuum. Ou cette brave Fortunata qui suce si bien dans le lupanar... Ou ce salaud d'Istacidius, un vrai "barbare" (sic), parce qu'il n'invite pas à dîner un de ses clients, alors qu'il est très riche. Ou encore ce parvenu de Vesonius Phileros, qui a dû se taper sa maîtresse pour être ainsi affranchi et hériter en plus de la fortune de sa "patronne", avant d'être trahi par son meilleur ami, comme nous l'apprend son épitaphe. 

Et au bout une grande interrogation: comment une société aussi inégalitaire, très violente, sanguinaire même, où règne l'injustice à tous les étages, esclavagiste... a pu ainsi s'entourer d'œuvres d'art sublimes dans tous les domaines de la vie, jusqu'au plus trivial?

Et aussi cette autre interrogation, plus large encore, l'attitude superstitieuse, avec des divinités protectrices partout, ces cultes familiaux, ces phallus pour chasser le "mauvais œil", avec des envoûtements parfois (défixions), beaucoup de divination aussi; "une région où il est plus facile de rencontrer un dieu qu'un humain", disait Pétrone dans son Satyricon. Et encore aujourd'hui pétrie de quasiment les mêmes superstitions "magiques", où Padre Pio a remplacé Priape et la Madone Vénus pompéienne, où on honore encore les morts dans des chapelles privées dans les maisons, comme avec les laraires... avec des offrandes. Où on se signe chaque fois que la cloche du sanctuaire de Pompéi sonne, ou quand on passe devant une église (même quand on conduit un bus...), une croix, une madone (et il y en a partout). C'est leur "spiritualité", devenue obsessionnelle souvent... et souvent, pardon... "débile". Comme mes proprios qui vont à la messe tous les jours, en grosse voiture alors que la paroisse est à cinq minutes à pied, même pas...

J'aime bien la "spiritualité" de l'évêque de Pompéi aussi, j'en parlais déjà, appelant à abandonner les restaurations des ruines romaines, inutiles selon lui, du pur gaspillage, au profit de son sanctuaire, au nom de la Parole de Dieu (sic), bien sûr, et parce que l'Eglise est éternelle et universelle, ou qui réclame maintenant à la région plus de 12 millions d'euros, car Dieu les veut... L'évêché ne paie aucun impôt, avais-je dit, reçoit 4 millions de pèlerins par an dans ses auberges "pontificales"... mais pas question de payer soi-même ni de demander au Vatican, c'est à l'Etat ou la région, à l'argent public d'affluer dans ses caisses (largement déjà pleines), car c'est "la Volonté de Dieu", explique cet évêque. Car l'important, la seule chose qui compte, a-t-il expliqué aussi, c'est que les Pompéiens sauvent leurs âmes  - en se saignant pour ce sanctuaire via leurs impôts -, alors que "le démon habite la cité" (sic, il visait alors le maire de centre-gauche), entre la drôgueuh, la prostitution... et ces ruines païennes pleines d'obscénités attirant tous les mécréants de la planète. Saint homme. Amen. Lui aussi a le mot "spiritualité" a toutes les sauces, comme Benoît XVI en guerre contre l'homosexualité et le contrôle des naissances (IGV ou contraception).

Bon, voilà déjà pour commencer... pas contre le principe au sens large, mais méfiant et critique envers ce qu'on peut faire de ce concept de "spiritualité".

Daimonax Pompeianus


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#30 17-05-10 11:16:37

Chèvre
ma e baga
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Re: Chronique pompéienne

Merci Daimonax, de ce hum hum... début de réponse... Ca promet !

Daimonax a écrit:

Début de réponse pour Chèvre, concernant ma position à l'égard de la "spiritualité". Un peu en désordre, disons.

Au sens premier, large, tout ce qui est du domaine de l'esprit, de la vie non matérielle.

OK, je prends la définition (surtout le côté 'la vie non-matérielle' big_smile ! )

Mais avec la religion chrétienne, cela est devenu penser à sauver son âme pour être admis au paradis avec Dieu, éviter l'enfer, voire dans certains courants chercher la "grâce".

Oui, bien d'accord avec toi... A noter que l'Eglise des premiers temps était plus diverse. Ca a bien changé. Alors, laissons de côté les récupérations marchandes ou assoiffées de pouvoir... si on parlait de... nous?

Ainsi, la spiritualité des Amérindiens repose-t-elle d'une part sur la "vision", avoir des visions, voir l'immatériel, et se sentir en communion avec la nature, ses esprits, son tout. Assez proche de l'idée de spiritualité new-age.

D'une certaine manière, c'est un "voyage" avec l'esprit et les émotions qui vont avec. On est assez proche du paradigme chrétien de rechercher la "grâce". Démarche tout à fait parallèle aux prises de drogues, d'hallucinogènes. Cela peut du reste devenir aussi une "toxicomanie", des obsessions, voire du fanatisme. La différence est que l'usager de substances psychotropes n'ira pas à croire réellement que ses "visions" sont une réalité supérieure, mais un "délire", une "poésie" dans le réel brut, quand les autres se croiront eux-mêmes supérieurs, avec un message, en raison de leurs expériences émotives issues de leurs croyances métaphysiques exacerbées.

Oui, je te suis. Retenons ainsi que 'spiritualité' recouvre, en fait, de nombreuses approches extrêmement différentes, voire contradictoires. Leur point commun reste ce que tu as souligné: ce qui relève de la vie non-matérielle. (je remarque d'ailleurs que tu dis la vie non-matérielle, et pas 'les choses' non matérielles, ni tout autre terme inanimé... Tu dis la vie, je crois que ce n'est pas anodin, et que tu as raison.

Je ne suis pas du tout dans cette trajectoire "spirituelle" d'essence religieuse (au sens large j'y inclus la quête "magique" de nombre d'ésotéristes), mais je peux aussi "voyager" mentalement - pas seulement avec les pétards -, ceux-ci n'ont pas lieu dans des "sphères", "dimensions" ou "mondes" épousant une cosmogonie et un corpus de croyances - base nécessaire à ces "spiritualités" -, mais plutôt dans le "temps". On peut tout à fait considérer l'"histoire" ou l'"archéologie" comme une "spiritualité". Et quelle magnifique "cathédrale" pour cette "spiritualité"-là que ce site de Pompéi... ;-)

Pas d'accord sur un détail. Tu dis : un corpus de croyances - base nécessaire à ces "spiritualités" . Qui a dit que c'était nécessaire? Pas moi, en tout cas. Certaines religions, oui, bien sûr. Encore une fois, c'est ton approche à toi qui m'intéresse. Celle de la religion (ou plutôt: des différentes religions), j'en ai déjà d'ailleurs une certaine idée, qui me suffit largement pour l'instant, merci... lol

Une vie ensevelie, mais d'une certaine manière encore "vivante" pour qui sait voir, sentir, avec ses figures et personnages, comme des romans ou nouvelles à lire en rêve (etc...)

Oui, tiens, tu reparles de la vie, comme c'est intéressant wink

Et au bout une grande interrogation: comment une société aussi inégalitaire, très violente, sanguinaire même, où règne l'injustice à tous les étages, esclavagiste... a pu ainsi s'entourer d'œuvres d'art sublimes dans tous les domaines de la vie, jusqu'au plus trivial?

Oui, tiens, tu reparles de (etc etc.) lol

Par contre, je ne vois pas de quoi tu veux parler, à propos de trivial. Enfin... je vois bien un petit peu, mais je veux dire que ça m'intéresse aussi, le trivial ^^ ... souvent plus que l'officiel, en fait.

C'est leur "spiritualité", devenue obsessionnelle souvent... et souvent, pardon... "débile". Comme mes proprios qui vont à la messe tous les jours, en grosse voiture alors que la paroisse est à cinq minutes à pied, même pas...

Pardon, tu dis ?? Tu n'as pas à t'excuser, en tout cas pas auprès de moi wink Je ne suis pas marchand de spiritualité. D'ailleurs, puisque ce mot emmerde tout le monde, on n'a qu'à dire... la vie, tout simplement... Puisque tu aimes bien ça aussi, la vie... j'ai cru comprendre!

Bon, voilà déjà pour commencer... pas contre le principe au sens large, mais méfiant et critique envers ce qu'on peut faire de ce concept de "spiritualité".

Ah ben, tu vois, nous sommes d'accord!

Donc, je te réponds:

ce qui m'intéresse, c'est ce que toi tu fais de cette 'impression', si tu la ressens comme moi, qu'on est un peu plus que ce qui est visible, mesurable, raisonnable... On pourrait aussi appeler ça l'âme... Mais là aussi, on est rattrapé par l'usage qu'en ont fait/en font les religions/les philosophies. Zut alors... Damnerde !

Appelons ça 'la vie', en disant qu'elle couvre le corps, l'esprit et... le reste... et on se débarrasse du coup d'un tas de trucs encombrants.

PS : pour ma part, c'est de regarder le Tarot qui m'a amené à me poser cette question que je te refile.
Vu que tu es un regardeur de Tarot hors-pair... c'est bien la moindre des choses lol

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#31 17-05-10 14:45:24

Charly Alverda
Membre Soleil
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Re: Chronique pompéienne

Salut Daimonax Pompeianus

J’ai apprécié ta réflexion sur la “spiritualité” et je comprends tes interrogations face à la société violente et sanguinaire, que tu décris si bien, et l’apparent paradoxe des manifestations artistiques les plus diverses. Peut-être que la polarisation entre les prétentions des pouvoirs et celles des artistes était plus forte qu’aujourd’hui ? Au “terrorisme” de l’état a succédé (avec la complicité due à la corruption de ce dernier) un terrorisme économique qui semble annihiler les philosophes et les artistes, les medias étant les plus responsables. La violence autour des stades est certes moins sanglante que celle dans les cirques d’autrefois et il me semble que la création artistique se tarit de plus en plus, mais la violence latente des “cités” et de la société toute entière est au bord de l’explosion, c’est peut-être une impression fausse, chissa chi lo sa?

Comment accepter de naître pour mourir ? de naître, pour “se” reproduire, pour mourir?

Les “vrais” philosophes (on voit la prétention actuelle des modernes !) et les religions ont proposé de réélles solutions, pour ceux motivés pour les chercher. Malheureusement les pouvoirs en place ont (toujours très vite en occident) récupéré ces dernières et rendus silencieux les premiers.
Tu réduis la religion chrétienne au catholicisme d’état inquisitorial et supersti-cieux !, mais les Pères de l’église ont écrits de grandes et belles choses. Cattiaux a dit (en le prouvant selon moi) que “l’aristocratie chrétienne avait été décapitée au IIIè siècle”. Mais on ne lit pas les grands penseurs du christianisme, non plus ceux de l’Islam en terres musulmanes, où ils sont le plus souvent interdits !

Avec l'étiquette d’hermétiste, je privilégie avant tout les “philosophes”, les amoureux de la Sagesse incréée.
Me promenant hier au soleil dans les rues, je suis tombé sur un vide-grenier (exceptionnellement) de qualité. Tous ces vieux bibelots, ces vieux livres, disques et gravures m’ont fait s’en m’en rendre compte, de prime, éprouver la nostalgie d’un autre temps. Sortant du Cinémoi, j’ai “réalisé” que ces “impressions” avaient leur source dans chaque cellule de mon corps et n’appartenaient qu’à ce dernier. Le temps de cette “voyance” je n’étais plus identifié à mon corps, cette nostalgie éprouvée n’était que la “transcription” par le corps/mental d’une autre nostalgie, celle d’un état lumineux tel qu’aucune expérience sensorielle ne peut y donner accès.

La “pratique” d’une spiritualité, selon moi, consiste dans un premier temps à différencier l’existence (qui dit moi/égo) de la Vie qui l’anime et qui anime tout. La “tyrannie du singe ivre”, qui nous oblige à multiplier les expériences (même des sauts à l’élastique !) et les rivalités avec les autres, n’est due qu’à une erreur de perspective due à la configuration du cerveau). Cette “vision”, dans un second temps, doit contribuer à faire reprendre sa place “naturelle” au mental, celle de parfait serviteur. Hanuman le dieu-singe est l’ami de Rama et se tient près de lui dans son char. Ah ! le Chariot !

Ces balbutiements-borborygmes sont écrits le temps du Partage de Midi, une émission de France Mu avec la pianiste Racha Arodaky.

Cordialement,

C...a

Dernière modification par Charly Alverda (17-05-10 16:17:12)

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#32 17-05-10 16:09:43

Bertrand
Membre Tempérance
Lieu: Paris
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Re: Chronique pompéienne

Bonjour,

Daimonax a écrit:

La différence est que l'usager de substances psychotropes n'ira pas à croire réellement que ses "visions" sont une réalité supérieure, mais un "délire", une "poésie" dans le réel brut

Je ne veux pas faire de généralité ni d'apologie sur ce point, mais certains "enthéogènes" reçus et acceptés dans le bon sens permettent justement de décrocher de ce qu'on peut appeler (si on veut bien) l'illusion du "réel brut" et entres autres l'illusion du temps tel qu'on croit le percevoir "dans" le "réel brut" (alors qu'on le perçoit bien peu), le temps bref d'une éternité partager la vision du temps comme il voit (et comme il "nous" voit) comme dit quelqu'un qui m'est cher. Le "réel brut" est lui aussi une poésie, c'est aussi un peu pour ça que la poésie est précieuse. Cela étant dit celui qui se positionne comme un "usager" qui "use" de substances a sans doutes plus de sécurité à considérer son expérience comme des délires ou visions (ce qui ne ferait peut-être pas de mal aussi à ceux qui abusent du "réel brut").

Rien de nécessaire non plus puisque extrêmement proche d'autres expériences telles que celle que Charly décrivait ci-dessus sans appeler l'aide d'aucune plante ou d'aucun champignon, pour un même changement de perspective du cerveau, pas plus anodin pourtant car plus à même de s'inscrire dans "notre durée".

Bertrand

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#33 17-05-10 16:52:02

Charly Alverda
Membre Soleil
Date d'inscription: 29-03-08
Messages: 854

Re: Chronique pompéienne

Bonjour,

Daimonax commence à juste titre par définir un tremplin de réflexion accepté par Chèvre :

“ Début de réponse pour Chèvre, concernant ma position à l'égard de la "spiritualité". Un peu en désordre, disons. Au sens premier, large, tout ce qui est du domaine de l'esprit, de la vie non matérielle.”

Ce concept de “matérialité” (ou non-matérialité), je le trouve particulièrement bien mis en évidence par Godel qui réconcilie ces deux pôles esprit/matière dans la vision unitive de l’ “éveil”, les implications de cette vision sont énormes et j’invite à (re)lire le 2ème texte proposé par Logos Rider qui commence ainsi :

“ Le Docteur. — Que le corps soit une image mentale, c’est une évidence que nous avons à tout instant, et que, pourtant, nous manquons de réaliser, nous manquons de reconnaître, pourquoi ? parce que, de notre corps, nous avons une expérience par le toucher, une expérience par la vue, une expérience par la douleur que nous lui attribuons — les douleurs dont nous prétendons du moins qu’il est l’origine —, et il est pour nous une constante sollicitation, de telle sorte que cet ensemble — cette imagerie, pouvons-nous dire, cette construction de l’esprit — nous revêt comme s’il était attaché à nous par des liens indissolubles.

A. — Qu’est-ce que tu entends par là ? Que cette image ne repose sur absolument rien de physique ?... “

http://traditiontarot.com/forum/viewtopic.php?id=481

Merci de votre attention ! (rires)

C...a

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#34 17-05-10 16:59:13

Logos Rider
Membre Maison Dieu
Date d'inscription: 11-06-09
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Re: Chronique pompéienne

bonjour, et merci pour cette discussion
je pense que la lecture de l'intro de "corps spirituel et terre céleste" d'Henry Corbin serait également éclairante par rapport à la vision "unitive" entre les pôles esprit/matière... et le reste de l'ouvrage bien sûr (disponible en pdf sur la toile) mais je ne l'ai pas encore lu
il y développe la notion de "mundus imaginalis"... le fameux mi-lieu

un passage me rappelle la balade de Charly :

http://nsa15.casimages.com/img/2010/05/17/100517045943331780.png

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#35 17-05-10 17:15:30

Chèvre
ma e baga
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Messages: 1657

Re: Chronique pompéienne

Oui, c'est très bien tout ça, merci les amis ! Passionnant, aussi bien Godel que Corbin: c'est du lourd... (Moi je préfère ça aux champignons, mais bon... Il en faut pour tous les gouts! ...me méfie un peu quand même... J'connais pas les chiffres, mais y en a beaucoup, des êtres réalisés, parmi les bouffeurs de rhizomes?...)

(Corbin: merci LR. On le trouve sur le Web, ce texte, tu dis, Logos? Moi j'ai "L'imagination Créatrice etc." en livre: c'est de première bourre. Particulièrement pour un "Tarologue", je dirais.)

Bon, maintenant, ce qui m'intéresse moi, pour l'heure, c'est ce qu'en pense Daimonax...

Un peu de discipline, SVP : c'est les "Chroniques Pompéïennes", ce fil, vingt dieux!!

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#36 17-05-10 17:46:39

Logos Rider
Membre Maison Dieu
Date d'inscription: 11-06-09
Messages: 431

Re: Chronique pompéienne

oui oui je suis tombé sur ce livre hier (on peut le télécharger) :

http://www.scribd.com/doc/24554102/Corp … ste-Corbin

sinon il n'y a pas beaucoup d'êtres réalisés parmi les bouffeurs de champignons, comme ailleurs... rien ni personne ne fera le travail à notre place ! mais les psychédéliques donnent énormément aux chercheurs honnêtes

http://nsa14.casimages.com/img/2010/05/17/100517054650175421.jpg

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#37 19-12-10 15:52:40

Daimonax
Membre Diable
Lieu: IdF
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Re: Chronique pompéienne

Je profite de mon passage ici pour donner quelques nouvelles aux amis, étant toujours à Pompéi. Oui, quelques écroulements à Pompéi, la presse en a parlé, de trois ou quatre, dont la célèbre schola  amaturarum, mais j'en connais trois autres au moins dont personne n'a parlé... Les causes? Pas seulement l'"incurie", mais aussi une privatisation rampante qui a entraîné d'extrêmes lourdeurs bureaucratiques avant d'engager les moindres travaux, où il  faut souvent plus de six mois entre le signalement d'un problème ou d'une dégradation et une intervention de restauration, qui arrive souvent trop tard... Et puis aussi des entreprises privées qui surfacturent pour un travail mal fait avec des matériaux de piètre qualité. Ainsi, un toit neuf payé 380.000 euros selon la presse laisse passer la pluie dans une domus, des morceaux sont aussi tombés dans l'atrium, et a ruiné un matériel hi-tech, deux hologrammes (ridicules selon moi), attractions pour touristes blasés, payés 500.000 euros... Soit plus 800.00 euros jetés par la fenêtre (ou plus exactement dans quelques poches peu scrupuleuses), alors que plein de lieux menacent de s'effondrer un peu partout. Selon moi, ça sent à plein nez pots-de-vin, corruption et camorra, laquelle a le quasi-monopole du bâtiment et des marchés publics ici. J'ai accompagné une des experts de la mission de l'Unesco, que je connais bien, pour lui montrer quelques autres scandales de ce genre que je connaissais, comme des pans de fresques tombés au sol depuis des mois, sans aucune intervention après, alors que d'autres parties sont prêtes à tomber aussi. Evidemment, le touriste ne le voit pas car c'est dans des maisons fermées au public, mais connaissant bien quelques gardiens des lieux, je peux aller pratiquement partout maintenant, en "témoin clandestin" ;-) Autre remarque, c'est l'Italie, qui a le plus riche patrimoine archéologique d'Europe, qui consacre le moins de son budget à la culture de toute l'UE. Pas étonnant quand on voit Berlusconnerie et son "bunga-bunga" avec ses putes de luxe dans ses propriétés, acheter des voix au Parlement pour se maintenir au pouvoir, avec des ministres qui se déclarent ouvertement fascistes, et le revendiquent haut et fort comme celui de la défense La Russa, et où aussi l'Eglise, le Vatican, prélève pour ses caisses plus d'un milliard d'euros sur les impôts nationaux (alors qu'elle est dispensée de toute taxe ou impôts sur ses activités quelle qu'en soit leur nature, à commencer sur son immense patrimoine immobilier et ses milliards de loyers prélevés - presque la moitié de la cité "moderne" de Pompéi est sa propriété privée...), et où le crucifix est obligatoire dans les salles d'école, suite à une loi de Mussolini jamais abrogée.

Bon, une fois un peu de ma bile anticléricale et antifasciste vidée, je signale pour ceux que ça intéresseraient et qui seraient sur Facebook mon blog d'archéologie pompéienne: Pompei, arte, storia ed archéologia (en italien approximatif).

Amitiés à Charly, Chèvre, Yves et quelques autres,
Daimonax

Vous serez toujours les bienvenus ici si vous passez ;-)

Dernière modification par Daimonax (19-12-10 15:53:07)


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