Tradition des tarots de Marseille

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#1 17-07-07 23:58:01

Alain Bougearel
Membre Chariot
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Le Tarot - un jeu éthique?

Je reproduis ci-dessous la traduction française de l'essai d'Andrea Vitali consacrée au Tarot en tant que jeu éthqiue.

"Certains chercheurs sont convaincus d'un héritage antique (égyptien, chinois, indien, judaïque, grec, romain, etc.) qui en fin de compte se serait matérialisé, sous une forme christianisée, dans les sujets allégoriques du Tarot. D'aucuns souligneront plus particulièrement l'aspect alchimique tandis que d'autres préféreront mettre en relief les apports platoniciens et pythagoriciens peut-être d'origine byzantine [1] de la seconde moitié du XVe siècle en Italie du Nord notamment florentins : Néoplatonisme médicéen.




Le Tarot : un jeu éthique 

Introduction
"Pendant toute la Renaissance, les "Images des Dieux de l’antiquité" évoquèrent les mythes classiques auxquels était attribuée une grande valeur éthique et morale.

C’est à cette époque que fit son apparition le jeu des tarots : une des plus extraordinaires réalisations de l’humanisme italien. Il réunissait les plus illustres représentants du panthéon grec nourris des vertus chrétiennes, par le biais d’images allégoriques des conditions humaines et de symboles des plus importantes corps célestes.

Les Tarots étaient un grand jeu de mémoire qui renfermait les merveilles du monde visibles et invisibles et qui fournissait aux joueurs des instructions d’ordre tant physique, que moral et mystique.

En effet, la série des vertus (Force, Prudence, Justice et Tempérance) renvoie à d’importants préceptes éthiques ; la série des conditions humaines (Empereur, Impératrice, Pape, Fou et Bateleur) renvoie à la hiérarchie à laquelle l’homme est subordonné ; et la série des planètes (Étoile, Lune et Soleil) fait quant à elle allusion aux forces célestes qui commandent les hommes et au-dessus desquelles règne l’univers du divin.

Toutefois l’utilisation ludique des Tarots prit rapidement l’ascendant sur la dimension didactique et morale du jeu qui dès le début du XVIe siècle n’était plus comprise.

A cette incompréhension correspondit une mutation bien précise des figures qui connurent des transformations, différentes selon les régions et les goûts populaires.

Vers la fin du XVIIIe siècle, fut redécouvert le contenu philosophique des Tarots, mais sur la base de principes totalement erronés ; les nouveaux interprètes firent voir le jour à une nouvelle utilisation du jeu : magique et divinatoire.

Dans un célèbre article publié en 1781 par l’archéologue franc-maçon, Antoine Court de Gébelin, on peut lire : “le livre de Toth existe et ses pages sont les figures des tarots”. Quelques années plus tard, un autre franc-maçon, Etteilla (anagramme d' Alliette), se lança dans un grand projet de restauration des figures en affirmant connaître la structure du jeu pratiqué par les Égyptiens. Selon Etteilla, les premiers Tarots contenaient le mystère des origines de l’univers, les formules de certaines opérations magiques et le secret de l’évolution physique et spirituelle des hommes.

Dès lors, le jeu des Tarots fut indissolublement lié au monde de la magie et, en visant des objectifs beaucoup plus ambitieux que la simple connaissance du lendemain, la grande époque des tarots occultistes prit son essor . [2]


L’Harmonie céleste 
Le jeu des Tarots est fondé sur 56 cartes numérales dites "italiennes", mais en fait d’origine arabe ("coppe", "denari", "bastoni" et "spade") et de 22 cartes connues en tant que Triomphes introduites au début du XVe siècle en Italie. (Les Triomphes seront nommés aussi Atouts dans le Tarot à Jouer et, ultérieurement, arcanes majeurs pour les ésotéristes)

Ce jeu dérive des "Triomphi" de Pétrarque (d'où "Triomphe" de l'Italien "Trionfi") qui, dans cette œuvre, décrit les principales forces qui gouvernent les hommes en assignant à chacune d'entre elles une valeur hiérarchique. En premier lieu vient l’Amour (l’Instinct) que maîtrise la Modestie (la Raison). Puis la Mort, dont vient à bout la Renommée, elle-même attaquée par le Temps, L'Eternité ou Dieu - qui triomphe sur toutes les autres.

Dans les jeux des cartes des Tarots, les Triomphes étaient d'abord au nombre de 6 puis de 22, nombre dont la signification mystique selon la numérologie chrétienne, représente l'introduction à la sagesse et les enseignements divins gravés en l'homme.

La théologie médiévale attribue à l’univers un ordre précis, constitué d’un escalier symbolique qui va de la Terre jusqu'au Ciel : du haut de cet escalier, Dieu, la Cause Première, gouverne le monde, sans toutefois intervenir directement mais en opérant ex gradibus, à savoir par le biais de toute une série ininterrompue d’intermédiaires. C'est ainsi que Sa puissance divine est transmise aux créatures inférieures, - et ce, jusqu’au mendiant le plus humble. En revanche,si nous lisons cette 'symbologie' depuis l'En-Bas jusqu'à l'En-Haut, il nous est enseigné que l’homme peut graduellement s'élever dans l’ordre spirituel en gravissant les cimes du "bonum", du "verum" et du "nobile", et que la science et les vertus le rapprochent de Dieu.

D'après la première liste de Tarots connue, du début du Seizième Siècle, il est évident qu'il s'agissait d'un jeu éthique.

Le Bagatto (Bateleur) représente un homme ordinaire auquel ont été donnés des guides temporels, l’Impératrice et l’Empereur, et des guides spirituels, le Pape et la Papesse (la Foi).

Les instincts humains doivent être tempérés par les Vertus : l’Amour par la Tempérance, le désir de puissance (le Char Triomphal), par la Force. La Roue de la Fortune enseigne que le succès est éphémère et que même les puissants sont destinés à devenir poussière.

Ainsi l’Hermite, qui vient après la Roue, représente le Temps auquel chaque être doit se soumettre tandis que le Pendu avertit du danger de céder à la tentation et au péché avant l'arrivée de la Mort physique .

Même la vie après la mort est représentée selon la conception propre au Moyen Âge : l’Enfer, et partant, le Diable, sont placés au centre de la Terre tandis les sphères célestes sont au-dessus de la Terre.

Conformément à la vision aristotélicienne du cosmos, la sphère terrestre est entourée des "feux célestes", représentés, dans les Tarots, par la foudre qui tombe sur une tour. Les sphères planétaires sont 'synthétisées' en trois planètes principales: Vénus, l’étoile prééminente, la Lune et le Soleil.

L'étoile la plus haute est l’Empyrée où siègent les Anges qui, lors du Jugement dernier, seront chargés de réveiller les Morts dans leurs tombes - quand la Justice divine triomphera pesant les âmes pour séparer les bons des méchants.

Au-sommet de tout cet agencement se trouve le Monde, à savoir Dieu le Père, ainsi que l’a écrit un moine anonyme qui commenta les Tarots à la fin du XVe siècle.

Ce même auteur place le Fol après le Monde comme s’il s’agissait d’indiquer qu’il est étranger à toutes les règles et à tous les enseignements.

Au cours du XVe siècle, le jeu de Tarot était connu comme "Ludus Triomphorum", et ce n’est qu’au début du XVIe siècle qu’a fait son apparition le terme ‘Tarocchi’, ou Tarots.

L’origine de ce nouveau mot est encore sujet à controverses de nos jours... D’aucuns pensent qu’il vient de l’Arabe signifiant “Tariqa”, à savoir La Voie de la Connaissance Mystique, ayant pour source d’inspiration ‘Tara’, la déesse du Savoir (la ‘Tara Verte’ représente la déesse du Savoir Suprême dans le Bouddhisme Tibétain). D’autres y voient un rapport possible avec la technique ‘Taroccato’ en usage dans les cours du Nord de l’Italie, utilisée pour décorer des manuscrits enluminés avec un poinçon, tandis que certains considèrent encore que le mot ‘tarocco’ proviendrait du dialecte ‘tarocar’ qui signifie "faire des choses folles ou insensées" à l’occasion de paris lors de jeux de hasard. [2]. D'autres encore y voient un anagramme du mot "rota", la roue, voulant dire par là que le tarot, comme l'univers, est un éternel recommencement, un peu comme le cycle de la nature : naissance, croissance,déclin et mort ("l'Encyclopédie du Tarot", R.Kaplan)


Les Allégories des Tarots
Les allégories qui apparaissent sur les Atouts appartiennent au répertoire iconographique propre à la quasi totalité de l’Europe du XIIIe siècle. On les trouve sur les décorations des cathédrales gothiques, sur les fresques des édifices publics et dans les manuscrits encyclopédiques et astrologiques.

Dans la pratique, les figures représentées sur les cartes des Triomphes constituent une authentique Biblia Pauporum à savoir une « Bible des Pauvres ». En jouant aux cartes, le peuple accédait directement par leur intermédiaire à une connaissance du mysticisme chrétien et à son contenu dont les concepts étaient ainsi continuellement rappelés à leurs esprits, selon la méthode de l’ Ars Memoriae de l’époque.

Les allégories sont aisément déchiffrables par référence au contexte culturel des cours de l’Italie du Nord au vu de leur goût pour les images moralistes issues tant de la tradition religieuse que de la mythologie classique. Ces images étaient d’une part tenues pour des représentations des héros civilisateurs qui initièrent les hommes à de nombreux arts, telle Minerve - la première tisseuse, ou Apollon - le dieu médecin. D’autre part, elles étaient considérées comme les allégories des vices et des vertus, et c’est cette interprétation que l’on trouve dans certaines cartes des Triomphes.

Des exemples tout à fait évidents incluent : la Force, représentée par Hercule terrassant le lion Némée, symboles des instincts animaux ; l’Amour représenté par Cupidon s’apprêtant à lancer ses flèches sur les Amants imprudents ; la Prudence, représentée par Saturne ; la Modestie de Diane ; l’Immodestie de Vénus ; la Vérité par Apollon qui illumine la Terre de son disque solaire.

De nombreuses figures des Tarots s’inspirent clairement de l’iconographie chrétienne. Ainsi le Monde, représenté tantôt par la Jérusalem céleste à l’intérieur d’une sphère portée par des anges ou surplombée par la Gloire céleste. La carte de la Papesse renvoie à l’image de la Foi, identique à celle représentée par Giotto dans la Chapelle des Scrovegni à Padoue.

Parmi de nombreuses autres représentations possibles des Vertus telles que la Tempérance, la Justice et la Force se trouve l’iconographie classique présente dans les églises gothiques et dans les miniatures des livres saints.

Les traités d’astrologie de l’époque constituèrent une autre source d’inspiration. La figure du Bagat ou Bateleur apparaît parmi les "Fils de la Lune" à savoir parmi les métiers placés sous l’influence de l’astre.

Le Misero ou Fol figure parmi les « Fils de Saturne » ; l'image des Amoureux parmi les "Fils de Vénus" ; le Pape parmi les "Fils de Jupiter" et l’Empereur parmi les "Fils du Soleil". En outre, des figures d’astrologues apparaissent dans différents jeux des Triomphes en tant que représentations de la Lune et des Étoiles.

Enfin, sont présentes des images de la vie quotidienne. Un exemple extrêmement intéressant est la figure du Pendu qui fait référence à la peine infligée aux traîtres. Dans la Chapelle Bolognini à San Petronio (Bologne) une figure identique est représentée sur une fresque de Giovanni da Modena car l’idolâtrie était perçue comme la plus affreuse des trahisons : le reniement du Créateur. Bien que la peine de la pendaison par un pied soit représentée dans d’autres œuvres, la fresque de San Petronio est l’unique exemple connu qui coïncide parfaitement avec la Carte du Tarot. [2]


Le Divin Hermes
Pour le monde antique, Hermès, associé au dieu égyptien Thoth, fut considéré comme l’inventeur de l’écriture et l’auteur de nombreux traités magiques et religieux. Durant la période de l’Empire romain, ces textes hermétiques furent réinterprétés par l’ École d’Alexandrie en Égypte à la lumière de la philosophie grecque, en particulier Pythagore et Platon. Les Pères de l’ Église vouèrent un grand respect à Hermès en vertu des analogies avec certains textes qui lui furent attribués et des passages des Évangiles .

En 1460 fut porté à Cosimo de Médicis, Seigneur de Florence, un manuscrit retrouvé en Macédoine et attribué par erreur à Hermès Trismégiste. Cette œuvre traduite en 1463 par le religieux et philosophe Marsile Ficin fut suivie par les traductions de textes platoniciens qui révélaient une conception fascinante du Cosmos.

Selon cette philosophie, l’Univers converge vers l’Unité divine ordonnée selon des degrés divers de perfection et représentés par les cercles concentriques des sphères planétaires et célestes tandis que l’homme est constitué d’une part divine - l’âme - qui, durant son existence terrestre, peut le conduire à la contemplation du Bien suprême à travers la pratique de la vertu et par le biais de la médiation des différentes entités angéliques.

Un autre aspect important de cette philosophie était l’idée que l’Univers se reflètait dans chaque chose existante. L’ Homme était envisagé comme un monde en miniature, un Microcosme identique en tout et pour tout au Macrocosme. Les philosophes de la Renaissance, à commencer par Ficin, édifièrent de complexes systèmes de correspondances reliant les astres du firmament et les différentes parties du corps humain.

Une des conséquences de ceci fut la revalorisation de la Magie, de l’Astrologie et de l’Alchimie – l’art hermétique primordial. On pensait ces sciences capables de donner à l’homme les moyens de comprendre les liens secrets qui assurent la cohésion de l’univers et qui influencent le comportement humain.

Ainsi les divinités astrales antiques, Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, Mercure, le Soleil et la Lune, ré-assumèrent leurs rôle d’esprits puissants et redoutables auxquels il était permis d’adresser prières et interrogations pour connaître la destinée humaine.

En effet, les amulettes, certains rites et la réalisation d’opérations particulières devaient permettre à l’homme de se défendre contre la puissance des astres, qui était même présente cachée dans les pierres et les métaux - et de capturer cette puissance pour sa propre élévation spirituelle.

Cette philosophie inspira des auteurs comme le poète Ludovico Lazzarelli (1450 - 1500) dont le « De gentilium imaginibus deorum » fut illustré avec des figures issues du pseudo Tarot dit de Mantegna, comme aussi l’auteur anonyme des Tarots Sola Busca (1490 environ)avec leurs références à l’alchimie.

A la même époque, plusieurs images des Tarots furent modifiées de façon à être conformes à l’iconographie hermétique. Suivant la conception platonicienne, en fait, l’origine stellaire de l’âme est représentée sur la carte (géographique) des Etoiles, et l’ « Anima Mundi » qui selon Ficin représente l’influence médiatrice entre l’homme et Dieu apparaît sur la carte (géographique) du Monde. [2]


Le Jeu des Tarots
Selon son origine medièvale et selon la théorie des investigateurs espagnols actuels Daniel Rodes et Encarna Sánchez il faudrait chercher l’origine du tarot parmi les cathares dont la philosophie correspondrait parfaitement à l’idée basique du jeu de tarot. Ainsi, la présence de la Papesse confirmerait cette idée : l’importance de ce personnage féminin est une référence évidente au christianisme bien que différent de l'orthodoxie romaine. Puis avec le temps, les cartes sont devenues un système divinatoire.

Toutefois, cette hypothèse semble faire fi non seulement de la parfaite orthodoxie de l'image de Fides ou de la Foi (Papesse) jouxtant celle de l'Église (Pape) mais surtout ne tient pas compte du caractère iconoclaste des Parfaits Cathares : jamais ils n'auraient consenti à imager le Divin... Seuls des croyants neo-cathares liés aux cours des nobles de Lombardie ont pu - éventuellement- inspiré le dualisme sous-jacent du Tarot.

Dans la première décennie du XVe siècle et dans une des villes suivantes comme Milan, Bologne ou Ferrare, ce jeu de cartes fut conçu et, à partir du XVIe siècle, se répandit rapidement en Europe...

Les Tarots furent initialement utilisés en tant que jeux avec des règles proches de celles des échecs - et c'est à cause de ce caractère ingénieux que les Ludus Triomphorum furent expressement exclus des ordonnances à l'encontre des jeux de hasard émises pendant le XVe siècle. Parallèlement, grâce à de nombreux documents de la Renaissance, l'on sait que, dans les cours aristocratiques, le jeu des Tarots fut au centre de divertissements sophistiqués, comme par exemple l'invention de sonnets galants ou le fait de répondre à des questions portant sur divers sujets au regard de cartes extraites du jeu. Une autre pratique courante qui dura jusqu'au XIXe siècle consistait à associer les figures du Tarot à des personnes célèbres, composant des sonnets ou simplement en devisant à leur sujet sur un ton ou laudatif ou comique ou tout à fait satirique. Le XVIIIe siècle vit une riche production de Tarots avec une imagerie fantastique, empruntée au monde animal, à l'histoire, à la mythologie, aux coutumes de différents peuples. Néanmoins, c'était un jeu de hasard, avec toutes les conséquences que cela impliquait, à commencer, dès le XVIe siècle, par l'intervention répressive de l'Église. À peine un siècle après leur création, la signification chrétienne d' Escalier Mystique sur laquelle était structuré l'ordre des Tarots avait été oubliée. Néanmoins, les usages ludiques et littéraires des tarots perdirent bientôt de leur importance.

Dès la fin du XVe siècle, un moine prédicateur anonyme dénonça les tarots comme étant l'œuvre des démons, et soutint son affirmation en argumentant que, c'était dans le dessein d'amener les hommes au vice, que le créateur du jeu avait délibérément usé de figures comme le Pape, l'Empereur, les vertus chrétiennes et même Dieu.

Le bon moine écrit par ailleurs que "si le joueur pensait à la signification des 'papiers [à jouer]', il s'en irait en courant. En fait, dans les cartes, il y a une quadruple différence [note du traducteur : illustrée par les quatre emblèmes des cartes en dehors des Atouts : denier, coupe, bâton et épée]. Il y a l'argent qui est dilapidé entre les mains des joueurs. Et cela souligne le caractère éminemment précaire de l'argent du joueur, car l'on doit savoir qu'en jouant, l'on perdra son argent. Il y a aussi des coupes [tasses] qui illustrent que lorsque la ruine adviendra, le pauvre joueur ne pourra plus boire dans des verres mais devra se contenter d'une coupe [tasse]. Il y a aussi les bâtons : le bois est sec pour souligner l'aridité de la grâce divine présente dans le joueur. Il y a même des épées pour exprimer la brièveté de la vie du joueur car il sera tué, etc. En réalité, aucune catégorie de pécheurs n'est aussi désespérée que celle des joueurs. Quand un joueur perd et n'obtient pas le point escompté, que ce soit la carte ou le triomphe[NdT : probablement ici, carte = numérales ou honneurs / triomphe = Atout], il fait une croix sur l'argent misé [NdT : litt. percuote la croce del denaro = il frappe la croix dans l'argent], maudissant Dieu ou les Saints, et il jette au loin les dés avec colère se disant à lui-même "que l'on me tranche la main !" etc. Le joueur se mêt très facilement en colère avec le compagnion qui le tourne en ridicule et continuellement s'offusque des offenses jusqu'à ce qu'ils se battent l'un l'autre. Le prédicateur anonyme conclut sur cette sentence canonique : "Joueur, ouvre l'œil ou tu connaîtras une mauvaise fin".

Le jugement de l'Église n'empêcha pas la diffusion des Tarots - et ce, à un tel point, qu'au début du XVIIIe siècle, ils furent importés d'Italie en France et en particulier à Marseille - dont l'iconographie fut à son tour reprise par les centres de production lombards et piémontais afin de rénover leurs productions.

Puis, sous la pression de jeux encore plus modernes, les tarots disparurent graduellement pour ne plus subsister qu'en peu d'endroits tels la Sicile, l'Émilie, la Lombardie, le Piémont et le Sud de la France.

Toutefois, pendant ce temps, les images du Tarot furent l'objet de manipulations et d'interprétations ésotériques qui les amenèrent à être considérées comme des "icônes magiques".[2]


Le Livre de Thot ou l’interprétation ésotérique des tarots  [modifier]
La renaissance des Tarots comme instrument magique intervient à la fin du XVIIIe siècle, en pleine période des Lumières. Elle est l’œuvre d’un archéologue, célèbre à l’époque : Antoine Court de Gébelin, membre de la franc-maçonerie française.

"Si nous annoncions, aujourd’hui, qu’existe une œuvre qui contient la doctrine la plus pure des Égyptiens qui aurait échappé aux flammes de leurs bibliothèques, qui ne serait impatient de connaître un livre aussi précieux et extraordinaire ? Et bien ce livre existe et ses pages sont les figures des Tarots”.

Pour justifier ses affirmations, Court de Gébelin explique que le mot Tarot vient de l’égyptien Ta-Rosch qui signifie Science de Mercure (Hermès pour les Grecs, Thot pour les Égyptiens). Puis, aidé par un collaborateur inconnu, il indique les nombreuses propriétés magiques du Livre à peine redécouvert.

Ces théories sont reprises par un autre franc-maçon, Etteilla, pseudonyme de Jean-François Alliette : “Le Tarot est un livre de l’Égypte ancienne dont les pages contiennent le secret d’une médecine universelle, de la création du monde et de la destinée de l’homme. Ses origines remontent à 2170 avant J.-C. quand dix-sept magiciens se réunirent en un conclave présidé par Hermès Trismégiste. Il fut ensuite incisé sur des plaques d’or placées autour du feu central du Temple de Memphis. Enfin, après diverses péripéties, il fut reproduit par de médiocres graveurs du Moyen Âge avec une quantité d’inexactitudes telle que son sens en fut dénaturé".

Etteilla restitua aux Tarots ce qu’il estimait être leur forme primitive et il en remodela l’iconographie ; il le baptisa Livre de Thot. L’héritage du néoplatonisme et de l’hermétisme de la Renaissance est clairement présent dans les manipulations opérées par Etteilla. En effet, dans les huit premiers triomphes, il reproduit les phrases de la Création ; dans les quatre suivants, il souligne que les vertus conduisent les âmes auprès de Dieu ; et enfin dans les dix derniers, il représente les conditionnements négatifs auxquels les êtres humains sont soumis.

Les 56 cartes numérales furent interprétées comme les sentences divinatoires pour les mortels. Grâce à ces révélations, prit un grand essor la mode de la cartomancie.

Toutefois, bien plus tard, la dimension mystique du Livre de Thot fut revalorisée par Eliphas Lévi.

Eliphas Lévi dénonça les erreurs d’Etteilla en affirmant que les 22 Triomphes correspondaient à 22 lettres de l’alphabet hébreu mosaïque. Et il en explique le rapport avec les opérations magiques, avec le symbolisme franc-maçon et surtout avec les 22 sentiers de l’Arbre de la Qabbale, qui reflètent les structures identiques de l’homme et de l’univers.

En parcourant les 22 canaux du savoir suprême, l’âme humaine pouvait parvenir à la contemplation de la lumière divine.

Les théories de Lévi furent reprises par de nombreuses confraternités occultistes et chacune d’entre-elles réalisa de nouvelles cartes des Tarots conformes à sa propre philosophie.

Pour certaines, l’objectif des initiés était la réalisation d’un grand Temple Humanitaire visant la création du Règne du Saint-Esprit fondé sur l’ésotérisme commun à tous les cultes. Pour d’autres, les Tarots représentaient les étapes d’un parcours individuel d’élévation mystique ou d’exaltation psychique grâce à l’obtention de grands pouvoirs magiques. [2]


Tarots et cartomancie
Il est généralement admis que la période qui couvre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, fut propice aux prophètes et aux devins, en France et ailleurs, en raison des incertitudes politiques et de l’aggravation de la crise économique.

Bien que Merlin Cocai (pseudonyme de Teofilo Folengo), ait, en 1527, écrit sous une forme littéraire une sorte de traité de lecture divinatoire avec les tarots similaire à celle couramment en usage - la pratique prophétique des cartes n'était pas courante pendant la Renaissance.

Nous savons que le premier document attesté contenant la liste des cartes avec leurs valeurs divinatoires respectives appartient à la ville de Bologne et doit être daté des premières années du XVIIIe siècle.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que le nombre de cartomanciennes s'accrut de façon considérable grâce aux stupéfiantes révélations de Court de Gébelin, d’Etteilla et des confraternités occultistes.

Une des plus célèbres cartomanciennes de l'époque fut Mademoiselle Lenormand, dont la fortune reposa sur une habile utilisation de son image publique. Tout au long de sa carrière, Mademoiselle Lenormand vit défiler dans son salon des personnages de la stature de Robespierre, Marat, Danton, Napoléon Bonaparte, et devint la confidente de l’impératrice Joséphine.

La “Sibylle des Salons”, ainsi qu’elle était surnommée, fut imitée par d’innombrables devineresses qui s’efforcèrent de tirer profit de leur art en prétendant être les élèves et les disciples voire les héritières de la plus illustre sibylle. D’autre créèrent de nouvelles cartes de cartomancie basées sur les Tarots égyptiens d’Etteilla ou sur les cartes à jouer françaises.

Vers 1850, la divination par le biais des tarots et des cartes à jouer était devenue une technique divinatoire extrêmement populaire dans l’Europe entière. Et à cette même époque, la renaissance des philosophies ésotériques redonna vigueur aux arts magiques et à la cartomancie en particulier.

La diffusion de cette pratique, toutes classes sociales confondues, s’accompagna d’une vaste production industrielle pour répondre aux attentes du public. Au cours du XIXe siècle furent imprimés, essentiellement en France, en Italie et en Allemagne, au moins une centaine de jeux qui dans la plupart des cas n’avaient qu’un rapport lointain avec les Tarots mais davantage avec les livres d’interprétation des songes ou avec la "Kabbale du Loto".

On peut affirmer que depuis lors cette mode a conservé toute sa vigueur, si l’on excepte les périodes de guerre.

A tort selon nous, les sociologues s’interrogent aujourd’hui sur les raisons de ce qu’il est convenu de définir aujourd’hui comme un retour de l’irrationnel mais qu’il convient d’envisager davantage comme une présence qui témoigne d’un besoin constant, dans l’histoire occidentale, de plus grandes certitudes.

Au-delà de l’aspect divinatoire, il convient par ailleurs de tenir compte de la dimension artistique. La création des cartes a en effet souvent vu à l’œuvre de très talentueux dessinateurs et peintres dont le travail témoigne, non seulement d’un goût personnel, mais également d’une sensibilité artistique et des courants des époques dans lesquelles il s’inscrit." [2]"

Bibliographie:

1] Alain Jacques Bougearel, Origines et histoire du Tarot - éléments de tarologie, Editions Envolée, Toulouse, 1997, (ISBN 2912305004).
L' arithmologie néo-pythagoricenne du Tarot.

[2] Andrea Vitali, Tarots - Art and Magic, traduit par Alain BOUGEAREL Tarot - Art et Magie - site d'Alain Bougearel
[2] Illustrations : Tarots - Art and Magic, [1]


Essai paru sur Wikipedia France :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tarot_divinatoire

Hors ligne

 

#2 18-07-07 13:25:55

Daimonax
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Re: Le Tarot - un jeu éthique?

D'aucuns le savent déjà, mais je ne partage pas du tout les considérations et hypothèses, brillantes faut l'admettre, d'Alain Bougearel et Vittali, malgré l'estime réelle que j'ai pour leurs recherches (dont je fais grand cas et en tiens compte) et une profonde admiration pour leur érudition historique (comme pour Lothar). Je pense, pour ma part, que leur travail - admirable par la documentation réunie, fort précieuse - est plus utile pour les recherches sur le "métissage" de l'ensemble primitif - qui est orphico-dionysiaque tardif, selon mes conclusions personnelles -, puis son évolution ou ses variants.

Nous connaissons assez bien nos positions respectives, et en avons déjà débattu un peu avec toute la courtoisie qui fait "les honnêtes hommes" (nous avons même fait des échanges de liens pour nos sites), je dis cela pour situer envers  les autres membres de ce nouveau forum l'état et la nature du débat de fond déjà entamé entre nous.

Il me faudrait cependant bien des posts et développements pour répondre aux nombreux points ci-dessous (on a le temps d'y revenir petit à petit), fort intéressants par ailleurs, que je note pour plus tard. Alors juste des premières remarques pour commencer.


Bougearel a écrit:

Certains chercheurs sont convaincus d'un héritage antique (égyptien, chinois, indien, judaïque, grec, romain, etc.) qui en fin de compte se serait matérialisé, sous une forme christianisée, dans les sujets allégoriques du Tarot. D'aucuns souligneront plus particulièrement l'aspect alchimique tandis que d'autres préféreront mettre en relief les apports platoniciens et pythagoriciens peut-être d'origine byzantine [1] de la seconde moitié du XVe siècle en Italie du Nord notamment florentins : Néoplatonisme médicéen.

Dans ces d'"aucuns", je suis à ranger parmi ceux qui sont convaincus d'un hérirage antique, d'une origine romaine plus précisément (gréco-romaine, impériale, tardive, Ve-VIe s. ap. J.-C.), dionysiaque exactement (thèse dont je suis l'auteur), et notre ami Alain et son "courant" (Vittali, trionfi.com et Lothar, Knaw...) dans le dernier. Ce forum est donc déjà le lieu de la confrontation entre ces deux thèses, mais qui n'est pas un affrontement de personnes.

Pour cette fois, une seule "réfutation", touchant l'hermétsime prétendu du tarot. Alors un point sur la question de l'hermétisme en général.

Bougearel a écrit:

Le Divin Hermes
Pour le monde antique, Hermès, associé au dieu égyptien Thoth, fut considéré comme l’inventeur de l’écriture et l’auteur de nombreux traités magiques et religieux. Durant la période de l’Empire romain, ces textes hermétiques furent réinterprétés par l’ École d’Alexandrie en Égypte à la lumière de la philosophie grecque, en particulier Pythagore et Platon.

Le mouvement hermétique "alexandrin" est né durant la période hellénistique (fin IIe- début Ier s. av. J.-C.), est une réaction culturelle, une "aculturation", de la société égyptienne hellénisée, la plupart avaient même perdu la langue autochtone, ne pouvant et ne sachant plus écrire qu'en grec, la "koinée" (même pas le grec classique ionien attique, ce qui permet de les dater par philologie). Un milieu très populaire, toujours baigné par les superstitions magiques indigènes, quand la culture égyptienne n'avait plus que la religion et l'irrationnel pour "exister" dans cette domination grecque sans partage - puis romaine (et avant encore perse, depuis Cambyse).

Cela divisait la société égyptienne (géographiquement parlant) en trois (excepté les nombreuses communautés ethniques minoritaires): Grecs d'un côté (et Romains), autochtones "purs" de l'autre au sud (ou réfugiés autour des anciens temples encore en activité, interdits aux Grecs), et un monde métissé, en périphérie des cités grecques, les plus prospères, un monde considéré comme égyptien par les Grecs et comme grec par les Egyptiens "purs", qui a pu, dans ce contexte de double rejet, s'affirmer comme "entité culturelle" à part entière par les mouvements hermétistes (il semble qu'il y ait eu bien des cénacles hermétsites différents et autonomes, tournant autour d'une personnalité charismatique, pas toujours en accord entre eux). Tardivement, l'hermétisme toucha aussi le Sud "pur égyptien", et les textes furent traduits aussi en copte, ou se mélangea avec quelques églises primitives pour donner des mouvements gnostiques.

On ne peut comprendre l'hermétisme alexandrin sans ces passages par la sociologie de leurs membres et la société de l'époque, avec toutes les interactions à l'œuvre.

Un milieu trop pauvre, et surtout pas assez grec, pour être admis dans les prestigieuses écoles platoniciennes, d'où une autre frustration profonde. Mais circulaient alors des réumés des dialogues de Platon, des sortes de "Platon pour les nuls", des anthologies de formules choc allégées des cheminements dialectiques, qui amenèrent les concepts théologiques grecs dans ce milieu indigène hellénisé, comme l'ontologie philosophique (ex. "le Poimandrès"). L'influence platonicienne, néo-platonicienne surtout, de l'hermétisme syncrétique n'est pas une influence "savante" comme on trouverait dans Plotin ou Jamblique, mais surtout de "forme" générale, des "lieux communs" (qui ne sont pas tous platoniciens), dans un réel confusionnisme religieux propre à l'empire où tous les peuples, dépouillés par la violence de leur liberté politique, et croyances d'origines diverses se mélangent, refuge spirituel des gens sans grand espoir ici-bas, dans une société ultra-violente (comme avec les jeux du cirque, l'esclavage généralisé et l'arrogance cruelle des puissants, ou une forte criminalité des gens sans plus aucun espoir).

Quelques textes pharaoniens furent repris pour l'occasion, dont un de la littérature "apocalyptique" du Nouvel Empire qu'on connaît en grec, latin et copte, sous le titre "l'Asclepius", que le monde chrétien d'alors prit pour une prophétie annonçant la fin des paganismes pour le triomphe de la nouvelle religion, qui amena ainsi Lactance à en faire grand cas. Ce qui amena un néo-hermétisme, où on fit dire aux textes autre chose que ce que leurs auteurs avaient conçu, textes mis au service de la "propagande" chrétienne (parfois légèrement remaniés ou expurgés).

C'est par ce biais que des intellectuels comme Marcile Ficin pénétrèrent dans les textes hermétiques, avec ce premier prisme déformant, et parachevèrent les réinterprétations de quelques Pères de l'Eglise. Autrement dit, le néo-hermétisme Renaissance a déjà peu à voir avec l'hermétisme égyptien de la période impériale (à part la crédulité, mais celle des riches oisifs cette fois, les bénéficiaires de la crédulité populaire qu'ils se devaient d'entretenir en la revivifiant d'abord chez les maîtres).

Appréhender l'hermétisme historique alexandrin par leur intermédiaire ne mène qu'à des contre-sens ou des erreurs, car il s'agissait aussi pour eux de participer à des débats de théologie chrétienne avec de "nouvelles autorités" religieuses auxquelles il fallait bien faire dire que le Dieu chrétien était le bon... trouver d'autres prophètes dans l'Antiquité classique alors à la mode... comme on a du reste fait avec le monothéisme pythagoricien de Platon (influence de l'école de Philolaos, avec Simnias entre autres, et Timée, personnage et dialogue éponyme).



Les textes hermétiques sont classés en deux groupes, les "philosophica", traduits en français par Festugière et publiés aux Editions Les Belles Lettres en bilingue (coll. Budé-les Universités de France, 4 vol.), et les "technika", magiques ou alchimiques, d'origine plus populaire que les premiers (pour les magiques publiés en anglais dans le Thesaurus des papyrus magiques égyptiens). Textes qui semblent avoir été écrits "industriellement" sur quelques modèles basiques, permettant bien des variations selon l'imagination de l'auteur, pour être vendus "sous le manteau" - très cher - sur les marchés ou aux abords des temples...

Les textes "magiques" sont apparus les premiers, et c'est par centaines qu'ils sont recensés. Mais Alexandrie, la ville de toutes les arnaques et royaume des faussaires (Pline l'Ancien met en garde les voyageurs sur cet aspect de la ville, sur la qualité de l'opium qui y est vendu, par exemple), allait connaître de grandes inventions technologiques, comme l'alambic (attribuée à Maria la Juive), et d'énormes progrès en verrerie, qui permirent aux faussaires de faire des faux pourpre, des fausses pierres précieuses - des verres teintés -, et du faux or (plomb teinté, le mot "teinture" est resté dans le vocabulaire alchimique, du reste). Les plus anciens manuscrits alchimiques connus sont des manuels techniques de faussaires (manuscrit de Leyde, par exemple, traduit et publié en bilingue chez Budé-Belles Lettres dans la série "les Alchimistes grecs", vol. 1), où l'intention y est plus d'une fois exprimée sans détour.

Faussaires et magiciens faisant bon ménage en cette cité du Nil (comme partout dans le monde de tout temps, souvent ils se confondent, je travaille aussi sur leur histoire), ces premières techniques furent reprises par les hermétistes alexandrins pour devenir l'alchimie, où la notion de "faux", le but de l'escroquerie des premiers inventeurs artisans, a été gommée pour de l'irrationnel, avec toutes ses promesses fabuleuses comme le faisait déjà la magie indigène, qui faisaient vendre cher, très cher les manuscrits attribués à Hermès-Thot (parfois le même texte fut vendu sous la signature d'Orphée, ça dépendait de l'origine du client potentiel), la divine signature autorisant bien enetendu toutes les licences merveilleuses, et un prix élevé. A partir de Zosime de Panopolis (Ve-VIe s.), le Christ et le dieu chrétien sont apparus dans les théories alchimistes (publié également en bilingue chez Budé-Belles Lettres). Moins de risques de vendre pareil manuscrit à un crédule fortuné que de vendre des faux matériels fabriqués dans l'arrière-boutique, comme pourpre, pierres précieuses ou objets en "or", source de contentieux pénibles pouvant mal finir.


Certes, c'est une vision "aristotélicienne", qui ne perd jamais de vue les buts réels des phénomènes apparents, teintée d'un scepticisme cynique ou épicurien, je n'ai jamais dissocié phénomène religieux (ou magique) et manipulation politique (ou économique), ni perdu de vue leurs fonctions anthropologiques (sans tomber dans les excès du structuralisme lévi-straussien, laissant une grande place au "diffusionnisme" historique et aux adaptations locales). J'y reviendrai ultérieurement concernant le débat sur l'origine sociologique du tarot, autre sujet où moi et Alain Bougearel, Vittali et l'équipe de trionfi.com avons une divergence de vues marquée.


L'histoire de l'hermétisme, sa sociologie, son intégration "politique" et "économique" dans la société égyptienne lagide puis impériale, ce que ça révèle des aculturations en cours, voire successives, tout ça est absolument passionnant, faut l'admettre, et ça a réellement marqué aussi les intellectuels de la Renaissance malgré les distorsions chrétiennes, anciennes ou contemporaines, et le confusionnisme ambiant tentant de tout mélanger pour affermir une foi chrétienne vacillante au milieu des débats - une foi à même d'assurer le pouvoir des princes sur des peuples outrageusement opprimés, si je pense au "pour quoi" aristotélicien -, mais tout cela ne me semble d'aucun secours réel pour la compréhension de l'iconographie du tarot dit de Marseille ou son histoire. Mais ça valait le coup quand même d'explorer à fond cette piste, ne serait-ce que pour mieux l'éliminer - du moins, à ce point, pour ce qui est de l'hermétisme alexandrin historique.

Evohé !
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#3 22-07-07 20:18:35

Daimonax
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Re: Le Tarot - un jeu éthique?

A propos des "Vertus", de leurs allégories dans le tarot "éthique"

Je ne conteste nullement une relation entre la Force, La Justice ou La Tempérance dans le tarot et trois des quatre vertus cardinales, même si cela recouvre une autre vision, néoplatonicienne, de trois vertus seulement, dans une production mineure.

Mais contrairement à ce que soutiennent les partisans d'une création "tardive" du tarot, dans des milieux érudits de la fin du Moyen Age ou du début de la Renaissance italienne, pour moi, la "source première" de ces trois "femmes-vertus" du tarot n'est pas de ce côté-là, mais je pense qu'il y a eu "substitution", "recouvrement", en raison d'analogies apparentes, sorte de "fusion", pour ne pas dire "confusion", en cédant à une mode ou en se masquant derrière elle, avec les premières représentations contemporaines au dessin "primitif" de ces vertus.

Il y a en effet un certain nombre d'apories qui résultent de cette seule identification aux vertus cardinales. D'abord, si cela semble donner une explication pour trois lames, cela les isole d'un ensemble, du moins rend leur relation problématique, ces trois cartes étant d'un même ensemble que les dix-neuf autres, à moins de partir du présupposé d'une construction hétéroclite du jeu "primitif".

Ensuite, il y manquerait la Prudence, quatrième vertu cardinale, comme on les rencontre sur certains tombeaux royaux ou princiers, comme à la cathédrale de Nantes ou à la basilique Saint-Denis. La femme de L'Etoile symétrique à la Tempérance, par ses deux œnochées, ne peut être reconnue comme La Prudence.,

Si on en reste à trois vertus "néoplatoniciennes", cela rend encore la question de la relation entre le femme de L'Etoile et celle de la Tempérance problématique, voire insoluble.

Enfin, cela rend incompréhensibles bien des détails de ces cartes, au moins chez La Force et chez La Tempérance. Pour cette dernière, ailleurs sur ce forum, il a été déjà discuté de "serpents" au bas de sa robe, et ce sur divers TdM; Conver-"Camoin", Besançon, et même le fameux Dodal. Que viennent faire des "serpents" avec la vertu Tempérance?

Pour développer cette dernière famille d'apories, liées aux détails iconographiques conservés, une prochaine fois je parlerai du chapeau de La Force. Une fois la démonstration, du moins mes arguments en faveur d'une source romaine dionysiaque présentés, il pourra être appréhendé ce que j'enjends par "recouvrement"-"confusion" entre deux images d'origines distinctes, l'originelle et celle qui s'est plaquée par-dessus – celle d'une des "vertus cardinales -, et peut-être pourquoi un tel glissement. 

Evohé !
Daimonax

Dernière modification par Daimonax (22-07-07 20:22:59)


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#4 22-07-07 22:25:46

Alain Bougearel
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Re: Le Tarot - un jeu éthique?

Daimonax a écrit :
"A propos des "Vertus", de leurs allégories dans le tarot "éthique"

Je ne conteste nullement une relation entre la Force, La Justice ou La Tempérance dans le tarot et trois des quatre vertus cardinales, même si cela recouvre une autre vision, néoplatonicienne, de trois vertus seulement, dans une production mineure."


...

Bienvenu Daimonax

A propos de l’ Etoile :

http://www.officieldelavoyance.org/spip.php?article1093


A propos de La Tempérance :

http://www.officieldelavoyance.org/spip.php?article1219

J'espère que tu prendras la peine de pratiquer une lecture "initiatique" de ces deux essais ... L' Etoile se révélera nymphe  porphyrienne de la métempsychose et Tempérance, un bien lubrique symbole chrétien de réfrénement sexuel...(sourire)!

Tu connais mon point de vue...
Ton hypothèse est une supposition basée sur une origine romaine aucunement démontrée historiquement et qui ne repose que sur des rapprochements iconographiques plus ou moins concluants.
Ce qui m'intéresse est que ton approche renouvelle la lecture du TdM notamment du Camoin-Jodo...
Peu m'importe à ce niveau si ton approche ne repose sur aucun jeu de cartes d'inspiration romaine historiquement attesté.
Même si je pense que, dans la Renaissance Italienne, des éléments de bacchisme tardif peut-être dégénérés virent le jour...
Non, ce qui m'interpelle et je l'ai écrit dans mon compte rendu de ce que j'appelle  ton "jeu" - le Tarot de Dyonisos, c'est l'approche et le résultat au niveau de la lecture du jeu qui en résulte....
http://bougearel.blog.lemonde.fr/?name= … _de_marsei

Là tu deviens passionnant...
Ce que tu vois, toi,  dans le jeu, voilà pour moi, le pertinent...
J'ai par contre un gros doute quant au fait que le bacchisme était présent dans un TdM primordial hypothétique : ce Ur-Tarot ou TdM fait défaut ; il n'existe pas - même si certains s'évertuent à vouloir le reconstituer...

Cordialement

Alain Bougearel

Dernière modification par Bougearel (22-07-07 22:39:32)

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#5 23-07-07 12:54:45

Daimonax
Membre Diable
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Re: Le Tarot - un jeu éthique?

Bougearel a écrit:

Tu connais mon point de vue...
Ton hypothèse est une supposition basée sur une origine romaine aucunement démontrée historiquement et qui ne repose que sur des rapprochements iconographiques plus ou moins concluants.
Ce qui m'intéresse est que ton approche renouvelle la lecture du TdM notamment du Camoin-Jodo...
Peu m'importe à ce niveau si ton approche ne repose sur aucun jeu de cartes d'inspiration romaine historiquement attesté.

Nous connaissons déjà nos points de vue réciproques, et ce forum est une aubaine pour en discuter calmement, avec le temps devant nous pour abattre "les cartes" que nous avons chacun en main - et elles sont nombreuses et sérieuses des deux côtés -, et animer ainsi un peu ce lieu de discussion pour le plaisir et l'intérêt de ses visiteurs ou inscrits.

J'ai toujours dissocié pour ma part l'histoire des jeux de cartes et celle de la collection iconographique du tarot marseillais, le jeu de cartes étant devenu un "support" d'un ensemble imagé retraité pour l'occasion avec la "modernité" contemporaine à sa réalistation première en tant que jeu de cartes. Donc, bien entendu, que les jeux de cartes n'existaient pas dans l'Antiquité romaine ne peut être une réelle objection, ne parlant que de l'iconographie, pouvant préexister aux cartes, et non du jeu de cartes lui-même.

D'ailleurs la position de notre ami Bougearel* ou de bien d'autres érudits auxquels il se réfère suppose une iconographie préexistant au tarot et ceux-ci la recherchent activement, nos démarches sont en fait assez semblables, même si nous ne cherchons pas ces sources dans les mêmes ensembles iconographiques (ou textuels).
[* Etant sur un forum, je m'adresse à cet instant à tous et ne réponds pas seulement à un seul interlocuteur.]


Impossible ?

Pour répondre à une autre objection, que je résumerai par '"limpossibilité historique d'une transmission religieuse ou iconographique depuis l'Antiquité jusqu'à l'apparition du tarot", voici l'histoire de cette transmission du bachisme, selon moi, depuis l'Antiquité romaine jusqu'au tarot, tournant autour d'une histoire du théâtre et des artistes à Rome. Normalement c'est une conclusion à la fin de mon enquête, mais tant pis si je la présente maintenant comme une théorie de départ (alors qu'elle est d'arrivée), juste au moins pour montrer que ce n'est pas "impossible", bien au contraire.


Dans l'art romain, même tardif, les archéologues ont mis en évidence l'existence de "cartons d'artistes", des modèles iconographiques de maîtres recopiés dont on ne connaît que les réalisations finales des artisans, peintures murales, mosaïques, reliefs de sarcophages ou de monuments, statues aussi, tentures... supports divers sur lesquels on retrouve parfois des œuvres identiques, malgré quelques différences de traitement, dépendant du talent du réalisateur final ou des capacités offertes par le support.

Et c'était d'abord dans le milieu du théâtre qu'on trouvait les artistes graphistes à l'origine de ces "cartons" durant la période impériale. C'est eux qui réalisaient les décors de théâtre et qui ont développé les techniques des perspectives et le trompe-l'œil, qu'on retrouve dès le IIe style pompéien, contemporain de César, où le téâtre alors pénètre en force dans certaines demeures (ex. villa de Poppée à Oplontis, celle Livié à Rome, ou la villa Farnésine), par la peinture ou des représentations privées.

Par la suite, s'affranchissant des maîtres grecs de la période héllénistique, les graphistes romains (peintres ou dessinateurs)  prirent les pantomimes du théâtre comme modèles "vivants" pour représenter des scènes mythologiques, bien des détails des sarcophages romains le suggèrent clairement (voir livres de Robert Turcan, comme "Messages d'outre-tombe").

Bref, tradition iconographique romaine impériale (depuis César) et le milieu du théâtre sont intimement liés, sous le patronage de Dionysos, donc. D'ailleurs, pour exercer le métier d'acteur, il fallait entrer dans un "technité" d'artistes, sorte d'ordre religieux dionysiaque, qui plus tard allaient être unifiés pour devenir le "grand synode", sous contrôle direct du césar (car outil de propagande aussi) en tant que pontifex maximus, autorité suprême en matière religieuse. Et pour y entrer... il fallait subir l'initiation dionysiaque, bien entendu. Cela explique ces cartons mis en évidence présentant des scènes rituelles ou objets cultuels des initiations dionysiaques abondantes sur les sarcophages, comme les masques de théâtre, car tous ces artistes baignaient dedans.

A la fin de l'empire, le milieu des spectacles - sous le patronage de Dionysos pour les arts (coupes et "cercles"), d'Hercule pour les sports (massues/bâtons) et Dionysos encore et Némésis (la Justice divine frappant par le destin, dont le "nombre pythagoricien" est le 8 [huit], selon Macrobe dans son "Commentaire du songe de Scipion") pour les gladiateurs (les épées), et cette dernière pour les courses de chars aussi - est devenu le dernier refuge du paganisme romain, un milieu fermé, insensible et résistant aux discours des chrétiens, rebelle aussi face à l'autorité. Ce milieu accueillit aussi les derniers pythagoriciens latins, les platoniciens ayant pour la plupart embrassé le christianisme depuis longtemps (voir "Chronique des derniers païens" de Pierre Chuvin, Ed. les Belles Lettres, coll. "Histoire").

Puis les spectacles furent interdits, au nom de la foi et de l'indécence de ceux-là, et le théâtre romain devint seulement itinérant et rural, des "farces" comiques, loin des cités, quasi clandestin, parfois dans sa version (antique aussi) de théâtres de marionnettes. Mais continuait de véhiculer le bachisme initiatique en interne, et continuait à donner vie à quelques personnages de l'ancienne comédie populaire d'origine osque, l'attelane. Des personnages qui ressortiront au grand jour lors du retour en ville de ce théâtre avec la comedia delll' arte. Les preuves archéologiques ne manquent pas pour établir cette filiation directe et ininterrompue de cette forme de théâtre romain populaire. Au besoin j'y reviendrai. Donc on peut penser qu'au-delà des personnages de comédie, c'est aussi une bonne part de cette culture du théâtre romain qui s'est transmise, comme le bachisme et son iconographie secrète des rituels initiatiques.


Il existe donc une catégorie sociale qui a perpétué durant le bas Moyen Age jusqu'à l'aube de la Renaissance une tradition romaine assez pure du théâtre populaire (et rural essentiellement, même durant l'empire), malgré de nombreuses interdictions, anathèmes divers, excommunications systématiques, etc., pour que ses personnages, juqu'aux détails les caractérisant (je peux donner quelques exemples), soient conservés et ressortent avec la dell'arte. Quand on sait que toute la stratégie oppressive de la christianisation des masses est passée par la voie hiérarchique, des princes aux seigneurs, et des seigneurs sur leurs gens dont ils étaient tenus responsables, on comprend que cela ne touche que les "sédentaires", et qu'un groupe social marginal, excommunié et itinérant, nomade, ait pu conserver longtemps une culture, un folklore, voire une "religion" différente du reste de la société connaissant sa christianisation politique.

Déjà que pour le monde sédentaire l'Eglise a eu bien du mal avec les croyances anciennes, au point de reprendre quantité de mythes et légendes païennes pour construire les vies des saints, les "exempla" divers, selon la stratégie définie par saint Jérôme, pour soumettre les peuples à cette autorité religieuse, et politique, exclusive et fanatique. Alors on imagine aisément quelques exceptions tenances pour quelques groupes marginaux et très restreints, fermés même, sociologiquement profondément marqués par des rites (religieux) d'intronisation, initiatiques, pour appartenir au groupe en partageant ses "secrets" (on retrouve la même chose à la base des loges maçonniques des artisans, itinérants eux aussi).

Cela pour dire qu'un vecteur sociologique solide existe bel et bien pour transmettre depuis l'antiquité romaine, ancienne et tardive, d'une part une tradition iconographique romaine assez pure et, d'autre part, une tradition initiatique bachique assez pure aussi, un bachisme loin des préoccupations agricoles, un bachisme ésotérique du théâtre - avec les masques "tragédie" et "comédie" qu'on retrouve sur les épaules du prince du Chariot. Et ce dans un monde rural assez reculé, loin des princes et autres puissants des cités.

D'ailleurs pratiquement toutes les scènes du TdM se déroulent en pleine campagne, et les représentations du "luxe" sont peu réalistes, bien austères par rapport au luxe véritable des palais. Et quand la ville est mise en scène, c'est menaçante, la nuit et avec des remparts inquiétants (la Lune). Il y a déjà dans l'ensemble du TdM un parti pris très net pour le monde des campagnes et contre celui des villes, pour la nature sauvage. Le costume du Bateleur, de l"Amoureux ou du Pendu du TdM est un costume rural typique, qui a peu bougé entre le Ve-VIe siècle (image: Silène au VIe siècle, remarquez le costume, tunique simple à bandes de couleur verticales altérnées, avec ceinture...) et le XIIIe-XIVe siècle. Alors que le Visconti présente des costumes urbains et plus luxueux contemporains à sa date reconnue.

http://www.bacchos.org/silenesarrin.jpg

Le milieu à l'origine d'un tarot s'y met en scène, issu d'une cour, les costumes sont princiers pour l'Amoureux du Visconti), des savants astrlogues observent la Lune ou les étoiles, le Mat est un fou de cour (pseudo-Charles VI) ou l'homme sauvage du carnaval (Visconti), etc. Des personnages ou des milieux absents du TdM. D'ailleurs, bien que la plupart des scènes du tarot soient loin des villes, en campagne, les travaux agricoles ou l'élevage sont totalement absents, contrairement aux spectacles, du Bateleur "en représentation" aux masques de théâtre comédie-tragédie sur les épaules du prince du Chariot (qui est le même jeune homme, à l'image d'un Bacchus romain dans les deux cas).

Et je pense pour finir que l'auteur premier des dessins médiévaux du TdM a dû se mettre lui-même en scène et en valeur, vantant son milieu, comme le Visconti célèbre la cour et reprend les images des textes lettrés connus dans ces milieux (cf. Roue de Fortune). Alors il se présente lui-même à la première carte, la meilleure place: un professionnel du spectacle, "un bateleur" des campagnes, donc appartenant au même milieu artistique que celui qui a servi de vecteur à la comédie populaire depuis l'attelane romaine jusqu'à la dell'arte, malgré toutes les interdictions ayant frappé tous les spectacles anciens.

Bougearel a écrit:

Même si je pense que, dans la Renaissance Italienne, des éléments de bacchisme tardif peut-être dégénérés virent le jour...

Je ne le pense pas. Peut-être des gnosticismes, une néo-théurgie à partir des délires de Poprphyre ou Jamblique, ou l'hermétisme vu par le prisme de quelques anciens pères de l'Eglise comme Lactance, c'est-à-dire par une tradition écrite et retrouvée depuis Byzance, ou une tradition magique venue de Syrie ou d'Egypte transmise par les Arabes (ex. le Picatrix espagnol du XIIIe s.). Mais pas le bachisme initiatique, de tradition orale et iconographique codée, que seul le théâtre a pu conserver, car le milieu du théâtre en était devenu déjà pratiquement le seul détenteur de ces initiations dans le monde romain impérial. Un bachisme ésotérique qu'il ne faut pas confondre avec certaines pratiques agricoles et leur folklore avec le dieu de la vigne, ni avec le "dionysisme bourgeois" honneur de quelques familles célébrant un ancêtre initié et héroïsé pour souder un clan, comme le célèbre thiase de Terra Nova, ou celui des associations de fêtards comme les iobacchoi d'Athènes (deux associations qu'on connaît assez bien par l'épigraphie), se mettant sous la protection du dieu pour justifier ou excuser leurs excès en tous genres (les "orgies").

Bougearel a écrit:

J'ai par contre un gros doute quant au fait que le bacchisme était présent dans un TdM primordial hypothétique : ce Ur-Tarot ou TdM fait défaut ; il n'existe pas - même si certains s'évertuent à vouloir le reconstituer...

Cordialement

Alain Bougearel

Le "tarot primordial" n'est pas, selon moi, un jeu de cartes divisé en éléments "découpés", il est construit comme une mosaïque ou comme une tenture (son plan général est suggéré dans le Monde), où les scènes se répondent de façon dialectique, en antithèses ou en synthèses, deux par deux, horizontalement et verticalement (ex. Pape-Papesse, Empereur-Impératrice, Justice-Jugement, Etoile-Tempérance...), et/ou avec des médians (ex. Soleit-Etoile-Lune, trois astres; Empereur-prince du Chariot-Impératrice, tous trois avec un sceptre de pouvoir...).

Un vieux langage iconographique dialectique qui est abondamment commenté pour les peintures ou mosaïques romaines, ou pour la disposition des statues, dieux ou philosophes, dans les demeures romaines  (ex. Villa des papyrus à Herculanum). Toute image - ou même mythe - ne s'explique vraiment sans l'analyse dialectique avec son antithèse en vis-à-vis. Et plus le temps avance, et plus ces constructions artistiques romaines graphiques sont "dialectiques" et "codées". Et le tarot de Marseille est, pour moi, comme un aboutissement de cette conception dialectique et codée des messages imagés chez les Romains païens.

La dialectique, "ésotérique" ou philosophique, n'est pas alors dans la mentalité médiévale ni Renaissance des lettrés et leors intellectuels, aux récits plus linéaires, à la vision pyramidale ou concentrique du monde, dogmatique et doctrinale, de vérité unique et révélée dans les textes sacrés reconnus par l'Eglise, la seule dialectique étant le bien et le mal, Dieu et le diable, l'enfer ou le paradis, un manicéhéisme qui ne veut pas dire son nom, malgré l'invention (tardive) du purgatoire, pour intégrer des croyances autochtones anciennes et irréductibles. Bref, la pensée scholastique, malgré l'importance qu'elle donnait aux sciences naturelles selon Aristote et à sa logique des syllogismes de l'Organon, n'est pas la conception dialectique qui ressort dans le tarot, qui, elle, est de l'"ésotérisme romain", après avoir été à la base de la philosophie grecque (et pas seulement chez les socratiques). La seule pensée dialectique se retrouve alors dans la pensée alchimique, dans le solve-coagule et le couple soufre et mercure philosophals, héritée des Grecs alexandrins et réduits à des recettes de cuisine chimique.

   *  *  *

C'est en rencontrant les premiers jeux de cartes, inventés plus tôt et se popularisant déjà, que, pour moi, ce premier ensemble primitif a été divisé en éléments autonomes numérotés pour devenir un "second tarot primitif" (le premier étant sans doute une tenture - support iconographique très développé à partir du Ve siècle), capable de résister plusieurs siècles et d'être gardée et transportée sans peine par une troupe nomade, se la transmettant de génération en génération, avec sa tradition artistique), avec des dessins de style et des personnages avec des costumes contemporains au dessinateur premier, modèle conservé et recopié diversement dans les TdM, et aussi avec de nouvelles influences de l'époque de ce dessinateur premier pour le retraitement de certaines figures - ou leur "masquage" -, comme je l'ai évoqué avec les trois vertus. C'est pour ce dernier processus de transformation/masquage/création que je touve le travail d'Alain Bougearel et l'équipe de trionfi.com passionnant.

Cordialement, à Alain et à tous,
évohé !
Daimonax

Dernière modification par Daimonax (23-07-07 13:12:37)


Servitia regum superborum, suae libertatis immemores, alienam oppugnatum venire. (Tite-Live, II)
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